Italie: extrême droite et populistes revendiquent chacun le pouvoir

Les populistes du Mouvement 5 étoiles tout comme la Ligue d’extrême droite, auteurs de percées historiques aux législatives, ont revendiqué le 5 mars le droit de gouverner l’Italie, tout en excluant une alliance « eurosceptique » entre eux.

Faute de majorité claire au parlement, ce choc électoral pour l’Italie et l’Europe ouvre une phase d’incertitude politique qui pourrait durer des mois dans la troisième économie de la zone euro.

Avec un vote marqué à la fois par le rejet des partis traditionnels, l’exaspération face au marasme économique et les tensions autour des migrants et de l’Union européenne, l’Italie s’inscrit dans la lignée du Brexit, de la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis et de la poussée de l’extrême droite ailleurs en Europe.

« Pour la première fois en Europe, les forces antisystème l’emportent », a résumé l’éditorialiste du quotidien La Stampa.

La coalition de droite est arrivée en tête avec 37% des voix, selon des résultats portant sur la quasi-totalité des bureaux de vote. Mais en son sein, c’est la Ligue, formation eurosceptique et anti-immigration de Matteo Salvini, proche du Front national (FN) français, qui a largement devancé le parti de Silvio Berlusconi et revendique désormais la direction du gouvernement.

 

« Droit et devoir de gouverner »

 

« Je suis quelqu’un qui tient parole et l’engagement a été pris au sein de la coalition: qui l’emporte peut gouverner », a lancé M. Salvini. Selon les médias, il s’est rendu dans l’après-midi chez le milliardaire de 81 ans, qui n’a pour l’instant pas réagi aux résultats.

La coalition a « le droit et le devoir de gouverner dans les prochaines années », a insisté M. Salvini.

Mais cette perspective est mise à mal par la percée historique du Mouvement 5 Etoiles (M5S), qui devient le premier parti du pays avec un score de 32,6%, après une campagne dirigée contre la corruption et la « caste » politique italienne.

Le mouvement fondé par le comique Beppe Grillo en 2009 s’assure une position centrale au Parlement et vise désormais plus.

« Nous avons la responsabilité de donner un gouvernement » à l’Italie, a assuré à la presse son chef de file, Luigi Di Maio, 31 ans. « Nous sommes une force politique qui représente toute la nation, du Val d’Aoste à la Sicile ».

Alors que le M5S a toujours refusé toute alliance, il s’est dit prêt « à discuter avec toutes les forces politiques » sur les thèmes de son programme: pauvreté et gaspillage, immigration et sécurité, emploi et développement.

Le chef de la Ligue aussi a assuré qu’il parlerait « avec tout le monde » mais exclu devant la presse toute « majorité étrange » avec le M5S: « N, O, N, NON, et soulignez trois fois ! ».

Matteo Salvini, bientôt 45 ans, a transformé l’ancienne Ligue du Nord sécessionniste en une formation souverainiste et martelé durant la campagne un discours anti-immigration et anti-euro qui a porté dans un pays ayant vu débarquer près de 700.000 migrants depuis 2013.

A l’étranger, Marine Le Pen, présidente du FN, a adressé ses « chaleureuses félicitations » à M. Salvini, tandis que Nigel Farage, ex-chef de l’Ukip, parti pro-Brexit en Grande-Bretagne, a félicité ses « collègues » du M5S.

Le président français Emmanuel Macron a pour sa part mis en avant pour expliquer ce résultat la « forte pression migratoire » pesant sur l’Italie, alors que l’UE a laissé Rome gérer pratiquement seul les centaines de milliers migrants débarqués ces cinq dernières années.

La chancelière allemande Angela Merkel, elle aussi fragilisée en partie par le défi migratoire, a appelé à la formation rapide d’une équipe dirigeante « pour le bien de l’Italie mais aussi de notre Europe commune ».

A Bruxelles, la Commission européenne s’est dite « confiante » dans la possibilité de former un gouvernement stable.

 

Déroute de Renzi

 

Mais la possibilité d’une éventuelle grande coalition à l’Allemande, sur laquelle misaient les responsables européens, s’éloigne avec la déroute du Parti démocrate (PD, centre gauche) de Matteo Renzi, qui recueille juste 18,7% des voix, très loin des 40% obtenus aux élections européennes de 2014.

C’est d’ailleurs l’ensemble de la gauche qui boit la tasse. Les frondeurs de Liberi e uguali (libres et égaux), sont à peine au-dessus de 3%.

A la Bourse de Milan, les marchés financiers ont cependant pris la nouvelle donne en Italie avec une relative sérénité et clôturé sur un léger recul de 0,4%. En revanche, les valeurs bancaires ont passé une mauvaise journée et Mediaset, l’empire médiatique de M. Berlusconi, a perdu plus de 5%.

Il appartiendra désormais au président italien, Sergio Mattarella, de démêler l’écheveau dans les prochaines semaines. Mais ses consultations politiques officielles ne s’ouvriront pas avant la fin du mois, une fois élus les présidents des deux chambres, en principe le 23 mars.