Quatre scénarios pour dénouer la crise italienne

Rome – La crise politique italienne provoquée par l’éclatement de la coalition entre la Ligue d’extrême droite et le Mouvement 5 Etoiles (M5S) puis la fin mardi du premier gouvernement populiste devrait se dénouer en suivant l’un de ces quatre scénarios :

Une nouvelle majorité entre les Cinq Etoiles et le Parti démocrate ?

Des discussions intenses sont en cours entre le M5S (anti-système) et le Parti démocrate (PD, centre-gauche). L’idée d’une alliance a été lancée, avant même la démission de l’exécutif de Giuseppe Conte mardi, par l’ancien Premier ministre PD Matteo Renzi (février 2014-décembre 2016).

M. Renzi a proposé un « gouvernement institutionnel » qui ferait voter en dernière lecture à la Chambre des députés une réduction radicale du nombre de parlementaires (345 en moins, ramenés à 600 environ), un projet cher au M5S, et élaborerait le budget 2020 de façon à éviter une hausse automatique de la TVA prévue en janvier, très pénalisante pour l’économie italienne.

Le patron du PD, Nicola Zingaretti, a accepté mercredi de mener les négociations avec le M5S pour tenter de « constituer un gouvernement de changement ». Mais il a posé cinq conditions au M5S dont un changement de cap radical dans la politique envers les migrants et un ralliement à l’Europe.

M. Zingaretti rechigne aussi à ce qu’un tel exécutif puisse être dirigé de nouveau par M. Conte, dont le mandat est à ses yeux entaché par trop de concessions à Salvini en matière de politique anti-migrants.

En outre, M. Zingaretti et le chef du M5S Luigi di Maio redoutent que cela ne favorise un retour en grâce de M. Renzi, qui a pourtant déjà promis de rester en retrait.

Les spécialistes prêtent au volubile ex-Premier ministre, dont l’aile domine en termes de sièges au parlement, l’intention de quitter le PD et créer son propre parti « Action civile ».

Ursula, une majorité extra-large gauche-droite ?

L’ex-président de la Commission européenne et ancien chef du gouvernement Romano Prodi, toujours très écouté en Italie, a imaginé pendant le week-end la constitution d’une majorité très large, à la manière des grandes coalitions allemandes, qui serait résolument pro-européenne et qu’il a baptisée « gouvernement Ursula ». Du nom de la nouvelle présidente de la Commission européenne, l’Allemande Ursula von der Leyen.

Ursula qui ? se sont moqués des internautes, ironisant sur le rôle de l’actrice Ursula Andress dans « Agent 007 – Permis de tuer » ou sur Ursula Buendia, l’héroïne de « Cent ans de solitude » du Colombien Gabriel Garcia Marquez.

Plus sérieusement, l’ancien président du Parlement européen, Antonio Tajani, membre de Forza Italia (centre droit) de Silvio Berlusconi pressenti pour participer à cette coalition, a jugé cette hypothèse « impossible » car la situation italienne est « complètement différente » de celle existant à Bruxelles.

Un gouvernement de courte durée pour sécuriser le budget

En cas d’échec des formations politiques à s’entendre sur une nouvelle majorité, le président devrait se résoudre à des élections rapides mais il est notoirement opposé à un périlleux scrutin à l’automne, en pleine élaboration du budget pour l’an prochain. L’Italie est dans une passe difficile avec un énorme endettement supérieur à 130% de son PIB, ce qui la place derrière la Grèce, et la croissance est à l’arrêt.

Pour éviter une flambée des taux italiens sur le marché obligataire, qui a salué la fin du bancal attelage Ligue-M5S par une détente, le chef de l’Etat pourrait mettre en place un exécutif de technocrates.

Un tel gouvernement de transition mettrait au point les mesures budgétaires permettant d’éviter la hausse de la TVA.

Un gouvernement du président pour un scrutin dès l’automne

Cette hypothèse est pour le moment la moins probable. Toutefois, si aucune majorité n’émerge des consultations menées jusqu’à jeudi soir par le président Sergio Mattarella, il devra se résoudre à la mise en place d’un gouvernement provisoire, souvent appelé « gouvernement du président », uniquement chargé de la préparation d’un scrutin anticipé de trois ans et demi sur le terme normal, ce qui nécessiterait un délai d’au moins deux mois.

Par Françoise Kadri