Milan – Fin février,  Milan avait déjà dépassé  le plafond annuel de 35 jours de pollution de l’air fixé par l’Union européenne. Malgré une récente amélioration, toute la plaine du reste l’une des régions d’Europe suffoquant le plus.

« Je sens vraiment quand le smog est là, je souffre pendant tout l’hiver », confie à l’AFP Fabio Cigognini, un Milanais de 45 ans qui présente un problème allergique aux symptômes proches de l’asthme. « Nous respirons du poison ».

Eloignée de l’océan Atlantique et enserrée en partie par des montagnes, la région cumule les handicaps.

« La plaine du a une situation climatique et géographique très défavorable pour la pollution atmosphérique. Le vent y est rare et les épisodes d’inversion climatique fréquents et prolongés: cela signifie que l’air est plus froid en plaine qu’en montagne et ne bouge pas », explique à l’AFP Damiano Disimine, responsable scientifique à l’association de défense de l’environnement Legambiente en Lombardie.

Conséquence: le niveau de pollution de l’air figure parmi les plus élevés d’Europe, « comparable seulement au sud de la Pologne, où il y a une industrie du charbon et des sources de pollution effrayantes », note-t-il.

Pourtant, la Lombardie ne compte plus de centrale à charbon et l’usage du fioul lourd pour le chauffage y est interdit depuis 20 ans.

 

– Actions sur trois niveaux –

Dans la plaine du , « les polluants viennent pour un quart du trafic routier, pour 45% du chauffage domestique et le reste des émissions industrielles et agricoles », explique le conseiller régional chargé de l’environnement, Raffaele Cattaneo.

En coordination avec les trois autres régions de la plaine, la Lombardie agit donc sur ces trois facteurs.

La circulation des véhicules les plus polluants est limitée dans certaines zones, en particulier après quatre jours consécutifs de dépassement du seuil de 50 mg/m3 de particules fines PM10. Même chose pour la température autorisée dans les habitations et les bureaux.

Des aides financières sont versées pour l’achat de chauffages ou de véhicules moins polluants ou pour mieux isoler les habitations.

Et des mesures ciblent l’agriculture, surtout l’épandage: « Durant les pics de pollution, les particules secondaires –nées d’une réaction chimique entre l’ammoniaque issu de l’agriculture et l’oxyde d’azote issu des véhicules diesel– représentent jusqu’à trois quarts des particules », explique M. Cattaneo.

Résultat: la pollution de l’air a nettement diminué ces dernières années.

De 2005 à 2018, la concentration moyenne en PM10 en Lombardie a reculé de 46 à 29 mg/m3, et le nombre de jours de dépassement des 50 mg/m3 a chuté de 119 à 40, une baisse favorisée l’an passé par le vent et les précipations.

La région reste néanmoins au-dessus du seuil maximal européen de 35 jours de dépassement par an. Et avec un hiver sec et ensoleillé, 2019 s’annonce très négative.

– Situation « alarmante » –

Selon M. Disimine, le « handicap » climatique et géographique doit être une incitation à « faire mieux et plus que les autres ».

Car s’il reconnaît une amélioration générale, notamment à Milan –qui fait payer aux véhicules l’accès au centre-ville et vient de l’interdire aux plus polluants en journée la semaine–, il juge la situation toujours « alarmante », en particulier pour l’oxyde d’azote, dont la principale source est la circulation.

« La motorisation individuelle est très élevée » en Italie, avec un moyenne de 60,7 voitures pour 100 habitants à Lombardie (contre 47,9 en France) et 51,8 à Milan, contre 36 à Paris, note-t-il.

Or vu le contexte, il faut mettre l’accent sur « les transports publics, le partage de voitures, le vélo… », estime M. Disimine, en plaidant pour une amélioration du réseau de bus et de trains (au-delà de Milan où il fonctionne bien) et le développement de pistes cyclables.

Il réclame aussi une prise de conscience plus forte de l’impact de l’élevage, massif dans la région.

De son côté, M. Cattaneo juge qu’il faut laisser aux politiques le temps de produire leurs effets, alors que la région s’est fixé pour objectif de respecter le seuil européen des 35 jours d’ici à 2025.

« Ces dix dernières années, le nombre de citoyens utilisant régulièrement le train a doublé en Lombardie », note le conseiller régional, qui privilégie les incitations, en particulier financières, aux interdictions choisies par Milan.

Par Céline Cornu