Bruxelles propose la fin du changement d’heure dans l’UE

Genval (Province du Brabant Wallon, Belgique) – Bruxelles va proposer la fin du changement d’heure dans l’UE, objet d’une controverse permanente, en s’appuyant notamment sur une consultation publique menée cet été, une proposition immédiatement soutenue par Angela Merkel.

“Des millions de personnes ont répondu et sont d’avis qu’à l’avenir, c’est l’heure d’été qui devrait être tout le temps la règle, et nous allons réaliser cela”, a expliqué vendredi 31 août le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, à la chaîne de télévision allemande ZDF.

Quelques heures plus tard, lors d’un déplacement au Nigeria, la chancelière allemande Angela Merkel se prononçait elle aussi en faveur d’un tel changement. “Cela constituerait pour moi une très grande priorité”, a-t-elle déclaré.

“Nous sommes d’accord avec la proposition faite par M. Juncker”, a pour sa part réagi la porte-parole du gouvernement espagnol, Isabel Celaa.

Mais la proposition n’a pas reçu le même écho en Italie. “Je n’ai pas de mots, les Italiens payent des milliards pour changer les aiguilles d’une horloge…”, a tweeté le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini (Ligue, extrême droite).

“Nous aborderons sérieusement la question de l’abolition de l’heure d’été, mais seulement lorsque l’UE fera face aux défis plus importants. C’est triste, l’Europe de Juncker”, a commenté l’eurodéputé Ignazio Corrao, du Mouvement (m5S, antisystème), l’autre parti de la coalition gouvernementale italienne.

“Message clair”

Un nombre record de 4,6 millions de réponses, en provenance des 28 Etats membres, ont été enregistrées au cours de la consultation publique de Bruxelles, qui s’est tenue du 4 juillet au 16 août.

Selon des résultats préliminaires, 84% des répondants, qui se sont exprimés via un questionnaire en ligne, sont favorables à la fin du changement d’heure.

“Lorsque l’on consulte les citoyens sur quelque chose il convient aussi ensuite de faire ce qu’ils souhaitent”, a insisté Jean-Claude Juncker vendredi dans son entretien avec la ZDF.

“Le message est très clair”, a pour sa part estimé à Bruxelles la commissaire européenne chargée des Transports, Violetta Bulc, dans un communiqué.

“Nous allons maintenant agir en conséquence et préparer une proposition législative pour le Parlement européen et le Conseil (qui représente les Etats membres, ndlr), qui décideront ensuite ensemble”, a-t-elle précisé.

Concrètement, la Commission ne va pas proposer de rester à l’heure d’été, mais uniquement de supprimer les deux changements d’heure annuels, a ensuite précisé un porte-parole de l’institution, Alexander Winterstein.

Les Etats membres seront libres de rester soit à l’heure d’été, soit à l’heure d’hiver, puisque cela est de leur compétence, a poursuivi le porte-parole, disant cependant s’attendre à ce que les discussions des capitales sur le sujet aboutissent à un résultat cohérent.

Selon la Commission, les opposants au changement d’heure ont mis en avant des “considérations relatives aux impacts négatifs sur la santé, à l’augmentation du nombre d’accidents de la route ou au manque d’économies d’énergie“.

“Pas un référendum”

Le changement entre heure d’été et d’hiver, introduit en Europe à l’origine pour réaliser des économies d’énergie, suscite de vives oppositions depuis des années.

Plusieurs pays du nord de l’Europe, comme la Lituanie, la Finlande, la Pologne ou la Suède, réclament l’abandon de ce système.

La consultation publique de la Commission fait notamment suite à une résolution adoptée en février par les députés européens, réclamant une “évaluation” détaillée du système de changement d’heure.

Depuis 1996, tous les Européens avancent leur horloge d’une heure le dernier dimanche de mars et la reculent d’une heure le dernier dimanche d’octobre.

L’actuelle directive, datée de 2001, fixe pour l’ensemble de l’UE une date et une heure harmonisées pour le début et la fin de l’heure d’été, l’objectif étant d’aider le marché intérieur à fonctionner efficacement.

Les résultats de la consultation publique laissent apparaître que les Allemands sont particulièrement intéressés par le sujet, puisque 3,79% de leur population ont répondu au questionnaire.

Ils sont suivis par les Autrichiens (2,94%) et les Luxembourgeois (1,78%).

Dans tous les autres pays, moins d’1% de la population s’est manifesté. Les Italiens ne sont par exemple que 0,04% à avoir répondu à cette consultation et les Espagnols 0,19%.

“Il ne s’agit pas d’un référendum”, a argué Alexander Winterstein, expliquant que d’autres éléments avaient été pris en compte par la Commission comme des “études scientifiques”.