Budapest envoie la note de sa clôture antimigrants à Bruxelles

BUDAPEST – La Hongrie a annoncé jeudi 30 août avoir demandé à Bruxelles de lui rembourser la moitié des 800 millions d’euros que Budapest dit avoir dépensé pour ériger à ses frontières une clôture sécurisée, l’une des mesures de la politique contestée de Viktor Orban contre l’immigration illégale.

Selon le directeur de cabinet du Premier ministre hongrois, Janos Lazar, la protection des frontières est une question de « solidarité européenne » dont l’UE doit faire « la démonstration concrète ».

« Bruxelles devrait payer sa part », comme l’UE l’a fait avec l’Italie, la Grèce et la Bulgarie, pays d’entrée des migrants en Europe qui ont reçu un soutien financier spécifique de la Commission européenne, a-t-il souligné.

Viktor Orban a fait part de sa demande de remboursement s’agissant de ces « coûts exceptionnels » dans une lettre au président de la Commission Jean-Claude Juncker, a dit M. Lazar.

 

 

Ouvertement hostile à l’accueil de réfugiés, M. Orban avait fait ériger une clôture de barbelés sur les 175 km de la frontière hungaro-serbe (sud) à l’été 2015, puis sur la majeure partie de la frontière hungaro-croate (sud).

Pendant la grande vague de 2015, quelque 400.000 migrants en provenance du Proche et du Moyen-Orient avaient transité par la Hongrie, avant, dans leur immense majorité, de continuer leur route vers l’ouest de l’Europe. Avec l’installation des clôtures, le flux des passages s’est tari.

Au printemps, Budapest avait annoncé avoir achevé la construction d’une deuxième clôture sécurisée sur le tracé de sa frontière serbe, parallèlement aux barbelés, équipée de caméras thermiques et de systèmes d’alarme.

Ces clôtures sont une des mesures de l’arsenal sécuritaire déployé par la Hongrie contre l’immigration illégale et dont plusieurs dispositions ont suscité les critiques de représentants de l’UE et des organisations de défense des droits.

Les sanctions pénales contre les migrants entrés illégalement en Hongrie ont ainsi été durcies et depuis le printemps, les demandeurs d’asile présents en Hongrie sont placés dans des centres fermés. Actuellement, 680 migrants se trouvent sur le territoire hongrois, selon Budapest.

 

 

Interrogée par l’AFP sur la requête hongroise, l’exécutif européen a répondu vendredi 1er septembre que la Hongrie avait déjà reçu un soutien européen pour ses frontières dans le contexte de la crise migratoire.

« Si la Hongrie demande maintenant un soutien supplémentaire, la Commission est prête à examiner rapidement une telle demande », a dit une porte-parole.

L’exécutif européen est disposé « à fournir l’assistance appropriée, si la situation le requiert, pour soutenir la gestion des frontières extérieures de l’UE dans le respect du droit européen », a-t-elle ajouté.

Mais « nous ne devons pas oublier que la solidarité est une voie à deux sens », « ce n’est pas un plat à la carte », a-t-elle poursuivi.

La Hongrie s’est illustrée ces deux dernières années par son opposition frontale à la politique migratoire européenne, se refusant notamment à appliquer un plan européen de répartition de demandeurs d’asile depuis l’Italie et la Grèce, décidé en 2015 pour soulager ces deux pays en première ligne face aux arrivées de migrants.

Budapest et Bratislava ont attaqué devant la justice ce plan dit de « relocalisation », qui prévoit des quotas d’accueil obligatoires pour les pays de l’UE. Un arrêt de la Cour de justice de l’UE est attendu le 6 septembre dans cette affaire.

(AFP)