Zone euro: coup de frein pour la croissance au deuxième trimestre

Bruxelles – La croissance en zone euro a ralenti au deuxième trimestre, tout comme l’inflation en juillet, confirmant l’atonie de l’économie malgré le recul du chômage, selon des chiffres publiés le 31 juillet qui devraient pousser la BCE à agir.

« La flopée de données économiques faibles publiées ce matin renforce les arguments en faveur de l’annonce par la Banque Centrale Européenne d’un train de mesures de relance lors de sa prochaine réunion » de rentrée, a estimé Jack Allen-Reynolds, analyste de Capital Economics.

Pour l’ensemble des 19 pays ayant adopté la monnaie unique, deux mauvaises nouvelles, largement attendues par les analystes, ont été annoncées par l’Office européen des statistiques, Eurostat.

« Pas de bonnes surprises sur le front de la croissance et de l’inflation », a résumé Jesus Castillo, économiste chez Natixis.

D’avril à fin juin, le Produit intérieur brut (PIB) a crû de 0,2%, contre +0,4% au premier trimestre, selon une première estimation.

L’inflation a elle aussi décéléré, atteignant 1,1% en juillet (contre 1,3% en juin), selon un chiffre provisoire d’Eurostat.

Ce taux s’éloigne encore un peu plus de l’objectif de la BCE, pour qui le signe de bonne santé de l’économie est une inflation très légèrement inférieure à 2,0% sur un an.

– Sombres perspectives –

Dans sa dernière réunion avant les congés d’été, le 25 juillet dernier, la BCE avait brossé un sombre tableau des perspectives en zone euro.

Elle avait déjà ouvert la voie à une série de remèdes anti-crise pour la rentrée allant d’une ou plusieurs baisses de ses taux à une possible reprise de ses rachats de dette.

Sur le front de la croissance, « les chiffres disponibles mercredi montrent que l’atonie de la conjoncture, auparavant concentrée en Allemagne et en Italie (respectivement première et troisième économie de la zone euro, ndlr), s’est étendue à la France, l’Espagne (numéro deux et quatre de la zone), l’Autriche et la Belgique », a remarqué M. Allen-Reynolds.

Ce n’est pas de bon augure. D’autant que côté inflation, une analyse dans le détail n’est guère plus rassurante.

L’inflation sous-jacente (hors énergie, produits alimentaires, boissons alcoolisées et tabac, qui exclut par conséquent les produits particulièrement volatiles) a elle aussi reculé en juillet: 0,9%, contre 1,1% en juin.

C’est seulement sur le front de l’emploi que l’horizon continue de s’éclaircir pour l’instant: le chômage était au plus bas depuis 11 ans à 7,5% en juin.

Il a baissé par rapport à mai, où il était de 7,6%, selon un chiffre révisé par Eurostat.

Depuis qu’il est repassé en septembre 2016 sous le seuil symbolique de 10,0%, le chômage dans la zone euro n’a cessé de reculer.

Il a retrouvé en juin le taux moyen de 7,5% d’avant la crise financière de 2007-2008.

Au pire de la crise de la dette, le chômage avait atteint dans la zone euro le taux record de 12,1% en avril, mai et juin 2013.

Or, cette bonne nouvelle est quelque peu ternie par les prévisions sur les mois à venir. « Les enquêtes sur les intentions d’embauche des entreprises donnent à penser que la croissance de l’emploi s’essoufflera, tandis que d’autres enquêtes montrent que les pénuries de main-d’œuvre s’atténuent », a estimé M. Allen-Reynolds.

« Nous doutons donc que la croissance des salaires continue de s’accélérer », a-t-il ajouté.

En outre, le taux de chômage des jeunes était toujours à un niveau élevé: 15,4%, contre 15,6% en mai.

Et il est également très inégalement réparti entre les pays: l’Allemagne affiche le taux le plus faible de la zone euro: 3,1%, tandis que la Grèce et l’Espagne ont le plus élevé: 17,6% pour la première en avril (dernier chiffre disponible) et 14% pour la seconde.

Par Céline Le Prioux