UE: véritable fonds de relance ou écran de fumée ?

Bruxelles – Les dirigeants de l’UE ont chargé la Commission européenne de créer un instrument de relance, attendu à la mi-mai, pour aider à reconstruire l’économie du continent après la pandémie de coronavirus. Point d’étape sur les débats en cours.

1.500 milliards

Les pays les plus durement touchés par le virus (Italie, Espagne, France et Belgique) sont aussi les plus endettés, ce qui limite leur action.

Sans aide de l’UE, de nouvelles dépenses risquent d’effrayer les marchés et d’anéantir l’espoir de voir leurs économies se redresser.

Pour le commissaire européen à l’Economie, Paolo Gentiloni, l’Europe a besoin de 1.500 milliards d’euros d’argent frais si elle veut éviter la catastrophe.

Les États membres n’ont jusqu’à présent dépensé environ qu’un tiers de cette somme, et ce uniquement pour les dépenses d’urgence.

En cause: les riches pays du « Nord », comme les Pays-Bas, l’Autriche et l’Allemagne, qui refusent pour l’instant d’en faire plus, ce qui a conduit les Européens à réfléchir à un instrument de relance.

Les divisions restent cependant plus vives que jamais et la proposition de « fonds de relance », qui devait initialement être dévoilée la semaine prochaine, devrait être reportée au moins à la mi-mai, selon plusieurs sources.

En outre, l’appellation initiale de « fonds de relance » a entre temps été écartée par la Commission, qui évoque désormais un « instrument de relance » pour ne pas froisser les pays réticents.

Pas de coronabonds

Pour éviter une nouvelle crise de la dette dans la zone euro, l’Espagne et l’Italie ont passé des semaines à demander l’aide de leurs voisins plus riches et moins touchés.

Leur plan initial: une emprunt conjoint à la zone euro pour lutter contre la récession par le biais de ce qu’on a appelé les « coronabonds ».

L’Allemagne et les Pays-Bas ont d’emblée rejeté cette idée, ne voulant pas lier leurs économies en bonne santé à celles de leurs partenaires surendettés.

Les pays du Nord ont cependant accepté ce mois-ci une forme de solidarité économique supplémentaire, en proposant de renforcer le budget européen pour amorcer davantage d’investissements en Europe.

C’est sur cette base que la Commission devrait bâtir sa proposition.

Budget de l’UE

Le budget de l’UE représente actuellement un peu plus d’1% de l’économie du continent. Autant dire que sa capacité d’investissement est très faible par rapport aux budgets nationaux des États membres, en particulier l’Allemagne et la France.

La plupart des dépenses sont consacrées aux subventions agricoles et à l’aide au développement des régions pauvres du continent.

Voilà pourquoi la récente évocation par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, non pas de milliards mais de « billions » d’euros (soit 1000 milliards) pour relancer l’économie après le virus en a étonné plus d’un.

Mais ce ne serait pas la première fois que la Commission surestimerait l’impact économique de ses programmes en utilisant un « écran de fumée » financier.

« Plan Juncker »

Le futur instrument de relance pourrait utiliser comme modèle le « plan Juncker », créé par le prédécesseur de Mme Von der Leyen, Jean Claude Juncker, pour stimuler des investissements moribonds après la crise financière.

Ce plan aurait permis de transformer une dépense initiale d’à peine 16 milliards d’euros du budget de l’UE en 335 milliards d’investissement par des entreprises privées.

L’année dernière, la Cour des comptes de l’UE a cependant exprimé des doutes sur cet effet de levier.

Avec ce plan, « on avait pensé à un effet de levier de 1 à 15 », explique à l’AFP Anne-Laure Delatte, conseillère scientifique au Cepii, qui juge cela « irréaliste ».

Or, remarque-t-elle, « c’est la même idée qui revient » avec le futur instrument de relance.

Lorsqu’un projet de plan de la Commission a fuité au début du mois, beaucoup ont tourné en dérision ce qui ressemblait à une astuce comptable: le document, non détaillé, promettait de générer 2.000 milliards d’euros d’investissements sur la base de 320 milliards d’euros d’emprunts sur les marchés financiers.

Il a été rapidement démenti.

Par Alex Pigman