UE: les pays du Sud appellent aux aides pour le tourisme

Bruxelles – Les pays du Sud de l’UE ont appelé lundi à un « fort soutien » européen pour le secteur touristique, ébranlé par la pandémie de coronavirus et qui broie du noir avant les vacances d’été.

Il y a un peu plus de deux semaines, le FMI avait alerté sur la vulnérabilité de certains Etats européens, comme l’Italie, la Grèce, l’Espagne et le Portugal, dont les rivages prisés des estivants venus du Nord risquent d’être boudés cette année. Une menace pour leurs économies très dépendantes des dépenses des vacanciers.

A l’issue d’une réunion virtuelle des 27 ministres du Tourisme de l’UE à Bruxelles, ces quatre pays et cinq autres (la France, Malte, Chypre, la Bulgarie et la Roumanie) ont souligné dans une déclaration commune « l’importance stratégique » de ce secteur.

Ils ont réclamé un « fort soutien » du plan de relance de l’économie européenne. Problème: ce plan qui pourrait se chiffrer à mille milliards d’euros n’a pas encore été arrêté.

La semaine dernière, la Commission européenne a été chargée d’y travailler par les 27 dirigeants européens, qui restent pour l’instant fortement divisés sur son financement. Elle devrait faire des propositions en mai.

Ces neuf ministres ont également insisté sur la nécessité d’établir des règles homogènes pour la mobilité (…) afin de garantir un « voyage sûr et sans rupture » au sein de l’espace européen.

Pour l’instant, la plupart des frontières intérieures sont fermées et aucune date n’a encore été avancée pour leur réouverture progressive.

Les pays de l’UE amorcent à l’heure actuelle en ordre dispersé des mesures pour un déconfinement qui s’annonce particulièrement complexe. Et ils ont toujours l’angoisse d’une deuxième vague de la pandémie, après avoir réussi au prix d’énormes sacrifices individuels à surmonter la première.

« Le sanitaire fait loi en ce moment. Dès qu’on aura des éléments sur l’ouverture des frontières, on le dira. Il est important que des régions épargnées ne soient pas exposées au virus », a reconnu, dans un entretien à l’AFP, le secrétaire d’Etat français Jean-Baptiste Lemoyne.

Le Commissaire européen au Marché intérieur, le Français Thierry Breton et le ministre croate du Tourisme, Gari Cappelli, dont le pays préside l’UE au premier semestre, ont proposé de travailler sur des protocoles sanitaires harmonisés entre les 27 Etats membres.

Dans l’entourage de M. Breton, on évoque la date de mi-mai pour proposer de telles règles aux professionnels du tourisme afin de les aider à préparer la saison à venir.

Pour M. Lemoyne, « il faut promouvoir l’Europe comme une destination en tant que telle et éviter une guerre des destinations au sein de l’UE ».

Il reconnaît cependant que « tous les pays sont conscients que, dans un premier temps, c’est le tourisme national qui va être le moteur de la reprise ».

Les mises en garde du ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, dans Bild am Sonntag, l’édition dominicale de Bild, journal le plus lu d’Allemagne, sont d’ailleurs sans équivoque.

« Une course européenne pour savoir qui sera le premier à autoriser à nouveau les voyages touristiques entraîne des risques inacceptables », a-t-il prévenu.

« Nous avons déjà vu ce qu’un foyer épidémiologique dans un lieu de villégiature populaire peut provoquer dans les pays d’origine des vacanciers, une fois rentrés chez eux », a-t-il ajouté. Il faisait allusion à la station de ski autrichienne Ischgl, réputée pour ses bars festifs chez les jeunes d’Europe du Nord qui s’étaient retrouvés infectés par le virus.

« Cela ne doit pas se répéter », a averti le ministre. En été, l’une des destinations préférées des Allemands est l’île espagnole de Majorque, surnommée d’ailleurs le 17ème ‘Bundesland’.

Ce même jour, dans les journaux détenus par le groupe Funke, la ministre allemande de l’Agriculture, Julia Klöckner, a d’ailleurs plaidé pour « des vacances à la ferme » cet été.

Par Céline Le Prioux