Parlement européen: la tectonique des groupes entre séisme et simple secousse

Strasbourg – Les grandes familles politiques européennes sont toutes traversées par des lignes de fracture internes, notamment en raison de la montée des populismes, sans pour autant qu’un big bang des groupes soit en vue lors des prochaines élections.

Le PPE et « l’enfant terrible » Orban

Le puissant Parti populaire européen, qui coalise les forces de droite, a un cas difficile à gérer en vue de l’élection européenne: celui du président nationaliste hongrois Viktor Orban et son parti le Fidesz. Face aux outrances de M. Orban, accusé de ne pas respecter l’état de droit dans son pays, le patron du PPE l’Allemand Manfred Weber a soutenu les sanctions votées par le Parlement européen.

Mais pas question pour autant d’exclure du groupe le Fidesz. « Je n’évite aucune discussion. Moi, je construis des ponts entre les gens », se targue-t-il. « Ostraciser, c’est extrémiser », abonde l’eurodéputé français (LR) Franck Proust qui « préfère la politique de la main tendue même si Orban est l’enfant terrible de notre groupe ». Hormis ce point de crispation, le PPE reste pour l’heure relativement uni, cimenté par le pouvoir d’attraction de la CDU et CSU, pourtant en perte de vitesse en Allemagne . « Je ne vois aucun parti prendre le risque de quitter le parti de Berlin pour rejoindre je ne sais qui », résume l’eurodéputé français (ex LR) Alain Lamassoure.

La social-démocratie en plein doute

Le groupe S&D, actuellement le deuxième au Parlement derrière le PPE, est le grand perdant annoncé des prochaines élections. Une conséquence logique du recul partout en Europe de la social-démocratie, du PS français au SPD allemand en passant par le PD italien, sans compter le départ des travaillistes britanniques.

« Aux yeux des concitoyens, la social-démocratie n’est plus crédible, elle a fait des alliances et a perdu sa colonne vertébrale », décrypte l’eurodéputé français Gilles Pargneaux, autrefois PS et désormais En Marche (la formation présidentielle en France).

Au Parlement, le groupe a perdu en « clarté », dixit la cheffe de la délégation socialiste française Christine Revault d’Allonnes, en concluant une « alliance technique » avec le PPE jusqu’en janvier 2017 pour assurer une majorité. De plus, S&D « a un gros caillou dans la chaussure, la délégation roumaine ». « Sur la question d’état de droit mais aussi sur la question sociale (…) on a un sujet », insiste-t-elle.

L’ADLE et le coup de boost Macron

Le groupe des démocrates et libéraux, présidé par le charismatique ancien premier ministre belge Guy Verhofstadt, attend de voir ses effectifs gonfler, de 68 actuellement à une centaine, grâce à l’apport du contingent En Marche, même si aucune alliance n’est pour l’heure scellée.

Ce pôle centriste renforcé devrait ainsi s’imposer comme un acteur clé pour obtenir une majorité au Parlement. Cependant, l’incertitude demeure sur le pouvoir d’attraction de l’arrivée d’En Marche. Egalement l’ADLE devra trancher le cas de son partenaire tchèque de l’ANO, le mouvement populiste du Premier ministre Andrej Babis.

Les Verts et la gauche radicale stables

Les Verts jouissent d’une dynamique positive à la suite de récentes victoires électorales en Bavière, en Belgique et au Luxembourg. Tiré par les Grünen allemands, le groupe d’une cinquantaine de parlementaires espère gagner quelques éléments, même si subsiste des divergences idéologiques entre une tendance libérale (Europe du nord, Allemagne) et un courant nettement plus marqué à gauche (France).

Le groupe de la gauche radicale (GUE) pourrait gagner quelques parlementaires grâce à La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon notamment, mais aussi en perdre avec le potentiel départ des Grecs de Syriza, davantage ancrés au centre-gauche. Cependant, il devra aussi composer avec des différences internes sur l’immigration.

Le Brexit secoue les conservateurs

La grande inconnue concerne la recomposition des trois groupes conservateurs et nationalistes, qui représentent au total environ 150 eurodéputés.

Le groupe ECR, qui compte plus de 70 eurodéputés, est victime du départ d’une vingtaine de britanniques. Le groupe ELDD, fédéré par le UKIP du britannique Nigel Farage, semble pour sa part voué à disparaître en raison du Brexit. Quant à l’ENL, auquel appartient le Rassemblement national (extrême droite en France), il a perdu une dizaine de membres au cours de la législature et ne réunit plus qu’une trentaine de parlementaires.

« Ils peuvent se coaliser, mais sur la base de quel programme », s’interroge M. Lamassoure en notant qu’ils « se haïssent entre eux ».

Par Jeremy Marot