L’Europe centrale renâcle face au défi de la neutralité carbone

Varsovie – La Pologne, la République tchèque et la Hongrie se démarquent de leurs pairs européens en s’opposant à l’objectif de neutralité carbone en 2050.

Ces pays d’Europe centrale soutiennent que cela entraverait le développement de leurs économies dépendantes du charbon et souhaitent que l’UE assume les coûts du passage aux énergies renouvelables.

Voici leurs arguments :

– La Pologne veut une transition « équitable »

La Pologne estime que l’ambition européenne aura un coût : entre 700 et 900 milliards d’euros pour l’ensemble des changements induits. Le charbon représente encore 80% de l’énergie produite dans le pays de 38 millions d’habitants.

Selon l’ONG écologiste ClientEarth, la seule centrale à charbon polonaise de Belchatow, la plus grande d’Europe, est la source de 10% des émissions de CO2 en Pologne et « le plus grand émetteur de gaz à effet de serre en Europe ».

Le Premier ministre conservateur Mateusz Morawiecki craint que la transition énergétique à marche forcée paralyse l’une des économies les plus dynamiques de l’UE et réclame un traitement « équitable ».

Varsovie a salué la proposition de l’UE de mobiliser 100 milliards d’euros sur près de 10 ans pour accompagner la transformation mais le ministre polonais du Climat, Michal Kurtyka, a averti que « les fonds publics seuls ne suffiront pas ».

Le plan climat du gouvernement prévoit de faire passer à 60% la part du charbon dans la production d’électricité en 2030, date à laquelle l’UE vise une sortie du charbon pour les Etats membres. Cette part passerait à 30% d’ici 2040, lorsque celle des énergies renouvelables atteindra 30% et que la première centrale nucléaire sera opérationnelle.

La consommation d’énergie renouvelable a diminué depuis 2016 après que le gouvernement nationaliste PiS a bloqué le développement de l’énergie éolienne terrestre. Dans un récent revirement, il s’est engagé à investir dans l’éolien offshore et le solaire.

Une majorité de 69% des Polonais souhaitent que Varsovie cesse de bloquer l’objectif de neutralité carbone pour 2050, selon une enquête de l’institut Kantar.

– Un coût « astronomique » pour les Tchèques

La République tchèque souhaite que l’Union européenne assume une partie des quelque 26,5 milliards d’euros qu’elle estime devoir dépenser pour devenir neutre en carbone, une somme que le Premier ministre Andrej Babis a qualifiée d ‘ »astronomique ».

Les Tchèques visent à réduire de 80% leurs émissions carbone d’ici 2050.

Les combustibles fossiles représentaient l’an dernier 57% du mix énergétique du pays de 10,6 millions d’habitants, contre 37 % pour le nucléaire et 6% pour les renouvelables, selon l’opérateur public du marché de l’énergie OTE.

Prague mise sur le nucléaire et veut porter à 40% la part de cette énergie d’ici 2040 grâce à la construction d’une nouvelle unité dans la centrale nucléaire de Dukovany (sud). Le gouvernement vise également à faire passer à 22% la part du renouvelable d’ici 2030.

– Budapest veut faire payer Bruxelles

La Hongrie aussi a sorti sa calculette et estime qu’il lui en coûtera 150 milliards d’euros pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Pour le gouvernement hongrois, il s’agit d’un « fardeau lourd » et Budapest refuse de « signer un chèque en blanc » à l’UE sans assurance que cette transition sera financée.

L’objectif de 2050 est « seulement et exclusivement acceptable avec une sérieuse participation financière européenne », a déclaré jeudi le ministre Gergely Gulyas.

Pourtant la Hongrie est moins dépendante des énergies fossiles que la Pologne et la République tchèque. Elles représentent moins de 40% de l’électricité produite, dont à peine 16% pour le charbon avec une seule centrale thermique en fonction dans le pays de 10 millions d’habitants.

Le pays se vante d’ailleurs d’être « l’un des rares » en capacité d’atteindre l’objectif climat fixé pour l’Union européenne en 2030, date à laquelle Budapest promet une production d’électricité « décarbonée à 99% ». Budapest veut aussi développer l’énergie nucléaire.

Selon certains observateurs, le gouvernement hongrois, régulièrement défiant envers Bruxelles, renâclerait au plan climat 2050 « par solidarité avec les autres pays d’Europe centrale » et pour faire pression sur Bruxelles dans le cadre des difficiles négociations sur le budget de l’UE. La Hongrie craint une baisse importante des fonds structurels attribués au pays.

« Viktor Orban pense pouvoir échanger une levée de son veto (sur le plan climat) contre une hausse des fonds qui lui seront alloués », estime Benedek Javor, ancien eurodéputé hongrois.