L’Espagne veut jouer un rôle majeur dans la défense européenne

Rota (Espagne) – Avec le Royaume-Uni sur le point de prendre le large, l’Espagne est passée à l’offensive pour remplacer les Britanniques comme l’un des acteurs centraux de la défense européenne. En prenant le commandement de l’opération contre la piraterie dans la Corne de l’Afrique depuis sa base navale de Rota (sud du pays).

Madrid veut non seulement récupérer le centre de commandement de l’opération Atalante, actuellement installé sur la base britannique de Northwood, au nord de Londres, mais aussi faire de Rota le cinquième quartier général opérationnel (OHQ) de l’Union européenne (UE) que le Royaume-Uni laissera vacant.

“L’offre espagnole est un quartier général pour tous les types de missions” et en outre “avec le Brexit, l’UE se retrouve privée d’un QG de ce type consacré à l’opération Atalante”, a expliqué à l’AFP l’amiral Antonio Martorell Lacave lors d’un entretien le 23 avril à bord du porte-hélicoptères espagnol Juan Carlos I.

L’amiral Martorell commandait les manoeuvres militaires MILEX18 qui se sont déroulées sur la base andalouse du 16 au 24 avril. Un exercice destiné à convaincre l’UE de la capacité de l’Espagne à prendre le contrôle de toute opération, comme Atalante.

L’UE a lancé cette mission navale en 2008 contre les actes de piraterie au large des côtes somaliennes.

Pour démontrer la capacité de commandement espagnole, l’exercice naval a mis en scène la libération d’un bateau de pêche détourné par un groupe de pirates, dans un “scénario maritime plus compliqué qu’Atalante” et qui “couvrait tous les aspects de la planification d’une opération au niveau stratégique”, a souligné l’amiral Martorell.

Outre le Juan Carlos I, les forces armées espagnoles ont sorti tous leurs atouts devant les représentants des pays de l’UE et de la Commission européenne invités à assister à l’exercice: hélicoptères de transport Chinook, de combat Cougar et Tigre, avions d’attaque Harrier à décollage/atterrissage vertical…

Corne de l’Afrique

La ministre espagnole de la Défense, María Dolores de Cospedal, a défendu à cette occasion les ambitions de la base Rota pour le commandement d’Atalante. “Ce serait une reconnaissance de l’engagement de l’Espagne dans la politique de sécurité et de défense de l’UE”, a-t-elle insisté. L’Espagne participe à “toutes” les opérations et missions en cours, a rappelé la ministre.

Le quartier général de l’opération Atalante restera à Northwood jusqu’au départ du Royaume-Uni de l’UE en mars 2019, a précisé une porte-parole de la Commission européenne, mais les Etats membres de l’UE devront d’ici-là décider du siège du nouveau commandement.

La candidature de Rota se combine avec les projets français pour l’Arsenal de Brest (ouest), la seconde base navale de la Royale. Rota prendrait en charge le centre de commandement d’Atalante et le port militaire de Brest le Centre de sécurité maritime de la Corne de l’Afrique (MSCHOA), également basé à Northwood.

“L’UE est devenue un acteur mondial dans la Corne de l’Afrique (…) Nous espérons que notre proposition commune contribuera à préserver ce rôle“, ont expliqué Maria Dolores de Cospedal et son homologue française, Florence Parly, dans une lettre envoyée le 28 mars à la représentante de la diplomatie européenne, l’Italienne Federica Mogherini, et dont l’AFP a obtenu une copie.

Le projet franco-espagnol a un rival: la base de Rome, siège de l’opération Sofia contre les passeurs de migrants en Méditerranée centrale.

Les Européens doivent décider dans les prochains mois de prolonger ou non l’opération Atalante, dont le mandat expire le 31 décembre.

Le nombre d’attaques au large des côtes somaliennes dans l’océan Indien est tombé d’un pic de 176 en 2011 à sept en 2017 et une seule a été enregistrée depuis le début de l’année 2018.

Par Toni Cerda