Les principaux litiges entre Paris et Rome

Milan – Le ton s’est une nouvelle fois envenimé entre Paris et Rome, témoignant d’une dégradation durable des relations entre les deux voisins.

L’Italie a notamment accusé la France d’aggraver la crise migratoire en appauvrissant l’Afrique, via le franc CFA, provoquant une énième crise diplomatique.

Voici les principaux points au coeur de la discorde franco-italienne:

– L’immigration

Depuis son arrivée au pouvoir en juin 2018, le gouvernement populiste italien reproche à la France son « hypocrisie » sur le dossier des migrants, les charges les plus violentes étant celles de Matteo Salvini, le ministre de l’Intérieur et chef de file de la Ligue (extrême droite).

Ce dernier accuse ainsi depuis des mois le président français Emmanuel Macron de « donner des leçons » à l’Italie, qui a décidé de fermer ses ports aux navires des ONG, tout en refoulant les migrants à la frontière franco-italienne (dans les Alpes ou à Vintimille) comme  si l’Italie n’était qu’un « vulgaire camp de réfugiés ».

– La Libye

Le gouvernement italien accuse la France d’être à l’origine du chaos actuel en Libye, conséquence de son intervention militaire en 2011 qui visait à destituer le général Kadhafi.

L’Italie estime que cette situation instable pousse les migrants à fuir la Libye pour arriver par la mer sur les plages italiennes, phénomène qui alimente le trafic d’êtres humains en Méditerranée.

Ancienne puissance coloniale qui entretient des liens historiques avec la Libye, l’Italie veut reprendre la main sur le dossier libyen. Elle n’a pas apprécié notamment les récents efforts diplomatiques déployés par la France pour résoudre la crise.

La Libye est aussi au coeur d’importants d’enjeux économiques, notamment pétroliers via les groupes Eni (pour l’Italie) et Total (pour la France), tous deux présents dans le pays.

– Les « terroristes »

Profitant de la récente arrestation en Bolivie (après 37 ans de cavale) de l’ex-activiste d’extrême gauche Cesare Battisti, expulsé vers l’Italie pour y purger une peine de réclusion à perpétuité, Matteo Salvini réclame à la France de lui livrer 14 autres terroristes.

Matteo Salvini, qui est aussi chef de la Ligue (extrême droite), affirme que la France abrite depuis des décennies des « assassins ayant tué des innocents » pendant les années de plomb et s’est dit prêt à aller rencontrer le président Macron à Paris pour faire avancer ce dossier.

 

– Les dossiers économiques

La France est régulièrement accusée de faire son marché en Italie, après le rachat de Parmalat dans l’agro-alimentaire ou Fendi et Gucci dans le luxe, et soupçonnée de vouloir empêcher la réciproque.

Le fait que Paris, avec Berlin, ait saisi la Commission européenne pour examiner le rachat des Chantiers de l’Atlantique par le groupe italien Fincantieri, après un accord pourtant durement négocié, fait ainsi grincer des dents de l’autre côté des Alpes. Le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte, a critiqué un comportement « ambiguë » et « peu compréhensible » de la France, même si le ministre français de l’Economie, Bruno Le Maire, a réaffirmé son soutien au projet.

Par ailleurs, Rome, et en particulier le précédent gouvernement de centre gauche, s’est régulièrement irrité du comportement du groupe français Vivendi, devenu le premier actionnaire de Telecom Italia (Tim) et le deuxième de Mediaset, le groupe de la famille de Silvio Berlusconi. Un dossier dans lequel néanmoins n’intervient en aucun cas le gouvernement français.

Celui-ci, en revanche, pourrait devoir gérer un éventuel renoncement de l’Italie sur le projet de ligne ferroviaire à grande vitesse Lyon-Turin, pourtant déjà avancé, mais auquel un des partis au pouvoir, le M5S, est hostile.

Rome devrait se prononcer sur sa poursuite ou non (avec des conséquences financières importantes en cas de rejet) avant les élections européennes, à l’issue de l’étude d’une analyse bénéfices-coûts.

Par Céline Cornu avec Franck Iovène à Rome