La neutralité carbone, un objectif ambitieux pour limiter le changement climatique

Madrid – La neutralité carbone, objectif que l’UE s’est donné pour 2015, doit permettre à l’Union européenne, et au-delà aux autres régions du monde, de contenir le changement climatique et tenter de limiter les effets dévastateurs qui se font déjà sentir.

Le Conseil européen, lors de son sommet à Bruxelles le 13 décembre, a « endossé » l’objectif de neutralité climatique d’ici 2050, un « signal fort » envoyé par le continent en pleine COP25. Il est noté dans les conclusions qu’un Etat membre, la Pologne, « à ce stade ne peut pas s’engager à mettre en oeuvre cet objectif en ce qui le concerne ».

En quoi consiste la neutralité carbone?

– Une définition variable

La neutralité carbone consiste pour un pays à ne pas émettre plus de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique, qu’il ne peut en absorber via par exemple les forêts, les sols ou les océans.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) a publié en 2018 un rapport de référence sur les conséquences du réchauffement climatique. Pour le contenir à 1,5°C, les émissions de CO2 doivent chuter bien avant 2030 (-45% d’ici 2030 par rapport à 2010) et le monde atteindre une neutralité carbone en 2050.

La définition retenue par les Etats ou les entreprises n’est pas toujours la même. « Certaines personnes définissent la neutralité carbone en se basant sur les émissions de CO2, d’autres avec tous les gaz à effet de serre », comme le méthane, les HFC, indique Richard Blake, directeur de l’ONG britannique ECIU. Dans ce cas, le terme utilisé peut être « neutralité climatique ».

– Les pays engagés

Deux petits pays, le Bhoutan et le Suriname, ont déjà atteint la neutralité carbone, selon une étude d’ECIU.

Le Royaume-Uni, la France, la Suède et la Nouvelle-Zélande ont déjà inscrit dans la loi l’objectif de neutralité carbone en 2050 (2045 pour la Suède). L’enregistrement de la neutralité carbone dans la loi est en cours d’examen au Chili et aux îles Fidji, selon l’étude d’ECIU.

Dans le cas de l’UE en général, l’objectif 2050 pourrait être inscrit dans une grande « loi climatique » qui devrait être proposée d’ici fin mars. Les dirigeants européens ont réussi à rallier à cet objectif la Hongrie et la République tchèque, qui étaient récalcitrants au début du sommet.

– Les secteurs concernés

Le bâtiment, les transports, l’agriculture, l’industrie devront drastiquement réduire leurs émissions de gaz à effet de serre pour atteindre cet objectif.

D’autres secteurs, comme le transport maritime et l’aviation à l’international, peuvent passer à travers les mailles du filet, selon le périmètre d’activités retenu par un pays pour sa neutralité carbone. L’empreinte carbone liée aux importations n’est souvent pas prise en compte.

– Les limites

Atteindre la neutralité carbone passe par une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre, pour tomber à un niveau d’émissions marginales. Ces émissions ne pouvant pas être supprimées sont compensées via l’absorption de CO2 dans des puits de carbone naturels ou artificiels.

Ce système a toutefois des limites. « À ce jour, aucun puits de carbone artificiel ne peut éliminer le carbone de l’atmosphère à une échelle suffisante pour lutter contre le réchauffement de la planète », souligne le Parlement européen.

Les forêts, les sols et les océans sont des acteurs essentiels pour stocker le carbone. Mais pour que les écosystèmes jouent correctement leur rôle, encore faut-il qu’ils soient en bonne santé, souligne Pierre Cannet de WWF France, d’où l’importance de ne pas « compromettre ce rôle de puits de la nature ».

Trop miser sur les puits de carbone peut aussi entraîner une concurrence pour l’usage des terres, entre agriculture et forêts.

Des pays riches pourraient être tentés de subventionner des projets de puits de carbone naturels dans des pays en développement, par exemple à travers des mesures de reforestation. « Notre expérience (…) montre que cela cache un manque d’action aux sources de la pollution, qui continue souvent à croître », avertit Bill Hare, du centre de recherche Climate Analytics. Il met en garde contre l’extension du système de compensation aux océans, qui « serait dangereux ».

Par Laure Fillon