Kosovo-Serbie: les sujets qui fâchent

Pristina – Une normalisation entre Belgrade et Pristina semble loin, tant la défiance reste forte vingt ans après la guerre du Kosovo, ultime conflit qui a déchiré l’ex-Yougoslavie (1998-99, 13.000 morts).

Pour relancer un dialogue au point mort, les présidents kosovar Hashim Thaçi et serbe Aleksandar Vucic se sont rencontrés dans une atmosphère tendue le 8 novembre à Bruxelles, une première depuis juillet.

Revue des sujets de discorde, de la question de la reconnaissance à la gestion de la minorité serbe en passant par les enjeux économiques.

La reconnaissance

Le Kosovo fait de sa reconnaissance par Belgrade une condition à tout accord. Or la Serbie inscrit dans sa constitution sa tutelle sur son ancienne province albanaise. Aucun responsable politique de premier plan n’y évoque publiquement une reconnaissance. De nombreux Serbes considèrent le Kosovo comme leur berceau national et religieux, la « Jérusalem serbe » comme la décrit le ministre des Affaires étrangères Ivica Dacic. Toutefois, selon un sondage récent, un quart des citoyens serbes sont désormais convaincus que le Kosovo est perdu.

La guérilla diplomatique

Bénéficiant des soutiens russe et chinois, Belgrade ferme la porte de l’ONU au Kosovo, qui revendique d’être reconnu par quelque 115 pays, dont la plupart des pays occidentaux dès la déclaration d’indépendance en 2008. Mais la Serbie assure qu’une dizaine de pays, comme la Papouasie-Nouvelle Guinée, le Surinam ou récemment les Comores, sont revenus sur cette décision.

Pristina crie à la « propagande » et en rétorsion à l’activisme diplomatique serbe, le Kosovo vient de relever de 10% ses droits de douane sur les produits serbes, s’attirant les critiques de l’Union européenne. Avec 400 millions d’exportation, la Serbie est le premier partenaire commercial du Kosovo dans la région.

Les Serbes du Kosovo

Il n’existe aucun recensement mais ils seraient encore 120.000 au Kosovo, dans le secteur de la ville divisée de Mitrovica, mais aussi dans une dizaine de territoires majoritairement serbes où Pristina ne parvient pas à imposer sa souveraineté. Les principaux sites religieux orthodoxes, comme le monastère de Decani, bénéficient d’un statut d’extraterritorialité et sont sous protection internationale.

En 2013, un accord prévoyait la création de dix « municipalités », des collectivités pour ces territoires peuplés majoritairement de Serbes. Il n’a jamais été mis en œuvre, Belgrade et Pristina ne s’entendant pas sur leurs compétences. Belgrade accuse Pristina de manœuvre dilatoire, laquelle rétorque que la Serbie entend créer des structures autonomes dotées de pouvoirs exécutifs sur le modèle de la République serbe de Bosnie (Republika Srpska).

Les actifs yougoslaves

La Serbie revendique la propriété d’actifs situés au Kosovo, notamment le complexe industrialo-minier de Trepca, près de Mitrovica (nord), et le lac artificiel de Gazivode (Ujman pour les Kosovars albanais). Aux yeux de Pristina, il s’agit de biens inaliénables.

Situé dans une zone peuplée de Serbes, Gazivode est crucial pour l’approvisionnement en eau et l’indépendance énergétique du Kosovo. Trepca et ses minerais sont une rare richesse de cette région pauvre, même si sa structure industrielle est déliquescente. La majorité des mines est du côté albanais de Mitrovica, le complexe industriel étant du côté serbe.

L’armée

Avec une sécurité assurée par une force internationale (KFOR), le Kosovo n’a pas d’armée. Mais ses responsables affirment régulièrement qu’ils vont s’en doter, suscitant la colère des Serbes qui y voient une ligne rouge. Le Parlement kosovar étudie actuellement des textes de loi visant à fonder unilatéralement une armée. Les Occidentaux, notamment l’Otan, ont exprimé leur hostilité à ce projet.

Pristina, mais aussi la plupart des Occidentaux, souhaitent la fin de la mission de l’Onu (UNMIK), estimant que la situation politique actuelle ne la justifie plus, le Kosovo étant à leurs yeux indépendant. La Serbie et ses alliés s’y opposent, car pour eux s’applique toujours la résolution 1244 de 1999 du Conseil de sécurité selon laquelle le Kosovo est une partie de l’ex-Yougoslavie, État depuis remplacé par la Serbie.

Des détails qui n’en sont pas

Dans Mitrovica-nord, les voitures circulent avec des plaques serbes (voire sans…) et la monnaie est le dinar. Impossible d’y utiliser un téléphone kosovar albanais. Il n’y a toujours pas de reconnaissance mutuelle des diplômes. Les habitants du nord du Kosovo ne payent pas leur électricité, un manque à gagner annuel d’environ 10 millions d’euros selon la compagnie kosovare d’électricité. Et Pristina accuse Belgrade d’y entretenir « un système parallèle » en rémunérant des fonctionnaires.

Par Ismet Hajdari et Nicolas Gaudichet