Kosovo-Serbie: les sujets qui fâchent

Pristina (Kosovo) – Il y a 20 ans, le 12 juin 1999 l’Otan se déployait au Kosovo d’où se retiraient les troupes serbes, cédant après trois mois de bombardements occidentaux.

Belgrade perdait définitivement le contrôle sur son ancienne province méridionale, majoritairement peuplée d’Albanais et placée depuis sous protection internationale.

Les armes se sont tues, mais la défiance reste intacte entre Belgrade et Pristina, vingt ans après la guerre du Kosovo (1998-99, plus de 13.000 morts).

Revue des sujets de discorde.

– La reconnaissance

Le Kosovo fait de sa reconnaissance par Belgrade une condition à toute normalisation de leurs relations. Or la Serbie inscrit dans sa constitution sa tutelle sur son ancienne province majoritairement peuplée d’Albanais. De nombreux Serbes considèrent le Kosovo comme leur berceau national et religieux, la « Jérusalem serbe » comme la décrit le ministre des Affaires étrangères Ivica Dacic.

Pour Pristina, sa souveraineté repose sur sa déclaration d’indépendance de 2008, reconnue par plus de 110 pays, dont la plupart des Occidentaux, mais rejetée par Russes et Chinois ainsi que par cinq pays membres de l’Union européenne. Comme Belgrade, Moscou et Pékin estiment que l’indépendance a été illégalement proclamée et que le Kosovo reste régi par la résolution 1244 de l’ONU de 1999 exigeant le retrait des troupes serbes et prévoyant de le placer sous protection internationale.

Celle-ci réaffirme « l’attachement de tous les États membres à la souveraineté et à l’intégrité territoriale » de la Yougoslavie, devenue Serbie. Tout juste évoque-t-elle un appel « en vue d’une autonomie substantielle et d’une véritable auto-administration au Kosovo ». Elle ne fait jamais mention d’indépendance.

– La guerre douanière

Après son échec à intégrer Interpol dont il impute la responsabilité à la Serbie, le Kosovo a appliqué fin 2018 des droits de douanes de 100% sur les produits d’importation serbes. Une décision critiquée par ses habituels soutiens occidentaux. La Première ministre serbe Ana Brnabic a affirmé que son pays perdait 42 millions d’euros par mois.

Belgrade refuse toute reprise du dialogue avec Pristina, jusqu’à la suppression de cette taxe. Mais le Premier ministre kosovar Ramush Haradinaj affirme que cette politique ne changera pas tant que la Serbie ne reconnaîtra pas le Kosovo.

Sur le terrain, la mesure n’a entraîné ni hausse des prix ni pénurie. Ramush Haradinaj invoque une augmentation de la production kosovare. Mais les stocks, une hausse des importations de Macédoine et d’Albanie, et surtout la contrebande sont d’autres explications avancées.

– Les Serbes du Kosovo

Il n’existe aucun recensement mais ils seraient encore 120.000 au Kosovo, dans le secteur de la ville divisée de Mitrovica (nord), mais aussi dans une dizaine d’enclaves où Pristina ne parvient pas à imposer sa souveraineté comme l’a montré une récente opération de la police kosovare dans le village serbe de Zubin Potok, où barricades et tirs d’armes à feu l’ont accueillie.

Les principaux sites religieux orthodoxes bénéficient d’un statut d’extraterritorialité.

En 2013, un accord prévoyait la création de dix « municipalités », des collectivités pour ces territoires peuplés majoritairement de Serbes. Il n’a jamais été mis en œuvre, Belgrade et Pristina ne s’entendant pas sur leurs compétences. Belgrade accuse Pristina de manœuvre dilatoire, laquelle rétorque que la Serbie entend créer des structures autonomes dotées de pouvoirs exécutifs sur le modèle de la République serbe de Bosnie (Republika Srpska).

– Les actifs yougoslaves

La Serbie revendique la propriété d’actifs au Kosovo, notamment le complexe industrialo-minier de Trepca, près de Mitrovica, et le lac artificiel de Gazivode (Ujman pour les Kosovars albanais). Aux yeux de Pristina, il s’agit de biens inaliénables.

Situé dans une zone peuplée de Serbes, Gazivode est crucial pour l’approvisionnement en eau et l’indépendance énergétique du Kosovo. Trepca et ses minerais sont une rare richesse dans cette région pauvre, même si sa structure industrielle est déliquescente. La majorité des mines est du côté albanais de Mitrovica, le complexe industriel du côté serbe.

– Des détails qui n’en sont pas

Dans Mitrovica-nord, les voitures circulent avec des plaques serbes (voire sans…) et la monnaie est le dinar. Impossible d’y utiliser un téléphone kosovar albanais. Il n’y a pas de reconnaissance mutuelle des diplômes. Les habitants du nord du Kosovo ne paient pas leur électricité, un manque à gagner annuel d’environ 10 millions d’euros selon la compagnie kosovare d’électricité. Et Pristina accuse Belgrade d’y entretenir « un système parallèle » en rémunérant des fonctionnaires.