Jihadistes menacés de peine de mort en Irak: l’Europe indifférente

Paris – Très prompts à proclamer sur la scène internationale leur opposition à la peine de mort, les pays européens se montrent indifférents au sort des jihadistes occidentaux prisonniers en Irak, qui risquent la peine capitale mais qu’aucun Etat ne tient à rapatrier sur son sol.

Une Allemande d’origine marocaine a été condamnée à la pendaison en Irak pour avoir rejoint le groupe Etat islamique (EI), une première à l’encontre d’une femme européenne.

Des centaines d’autres jihadistes étrangers attendent leur procès derrière les barreaux irakiens depuis la défaite militaire de leur organisation. Parmi eux, trois Françaises capturées après la chute de Mossoul en juillet, a-t-on appris le mardi 23 janvier de source proche du dossier.

En décembre, un Suédois d’origine irakienne a déjà été exécuté par Bagdad avec 37 autres personnes, après avoir été condamné en 2010 pour “terrorisme”.

“La Suède et les autres (membres) de l’UE condamnent l’application (de la peine de mort) sous toutes ses formes”, avait alors réagi la ministre des Affaires étrangères Margot Wallström.

Le gouvernement allemand répète quant à lui régulièrement son opposition à une pratique “inhumaine et cruelle”, et a indiqué le 22 janvier fournir un “accompagnement consulaire” à quatre ressortissants emprisonnés en Irak, sans plus de précision.

Meurtris dans leur chair ces dernières années par une vague d’attentats sans précédent, les pays européens semblent toutefois peu disposés à monter au créneau pour voler au secours de ces combattants, largement considérés comme de dangereux traîtres dans l’opinion publique.

“Pas d’état d’âme”

“Les jihadistes n’ont jamais eu, eux, d’état d’âme et je ne vois pas pourquoi nous en aurions pour eux”, a lancé le 22 janvier la ministre française des Armées, Florence Parly.

“Ces personnes savaient (…) ce qu’il se passait. Lorsqu’elles tombent entre les mains des autorités locales, elles doivent être dans la mesure du possible jugées par ces autorités locales”, avait-elle estimé la veille, exprimant un sentiment répandu dans les chancelleries européennes à l’égard de leurs ressortissants partis combattre sous la bannière de l’EI au Levant.

Même position de fermeté en Grande-Bretagne ou encore en Belgique, où les autorités ont exclu d’accéder à la demande d’un jihadiste belge incarcéré en Irak, Tarik Jadaoun, qui proposait de collaborer avec les autorités du royaume en échange de son extradition.

“Il n’y a pas de négociation possible avec de telles personnes. Il n’y a pas d’espace pour ces gens dans notre société”, déclarait en décembre le Premier ministre Charles Michel.

L’Irak fait partie des pays où les exécutions capitales sont les plus nombreuses dans le monde après la Chine, l’Iran et l’Arabie saoudite, selon Amnesty International.

“Entorses à l’Etat de droit”

“Quelles que soient la gravité et l’horreur de ses actes, si un ressortissant européen risque la peine de mort, on doit exiger que l’Etat qui le détient donne des garanties sur l’absence d’application de la peine de mort, ou qu’il transfère le détenu dans son pays d’origine pour y être jugé”, affirme à l’AFP Me Patrick Baudoin, président d’honneur de la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH).

“Je reconnais que ce n’est pas évident, mais si on commence à multiplier les entorses à ce principe, nous ne sommes plus un Etat de droit”, estime-t-il, en dénonçant “l’hypocrisie de la situation actuelle”.

En coulisses, le ton des gouvernements est toutefois moins martial. Le principe est de laisser la justice irakienne faire son travail, souligne-t-on de source diplomatique européenne, mais “s’il y a un risque de peine de mort, nous intervenons auprès des autorités” via les services consulaires, comme c’est l’usage pour tout pays européen dans ce cas de figure.

Me William Bourdon et Vincent Brengarth, les avocats d’une Française de 27 ans détenue en Irak avec son bébé, ont demandé mardi à ce que les autorités se battent pour lui éviter l’échafaud avec “la même intensité que celle déployée pour les autres Français condamnés à mort, notamment Serge Atlaoui”, en référence aux intenses efforts diplomatiques de Paris pour sauver la vie de ce dernier, condamné à mort en Indonésie où il est accusé de trafic de drogue.

Par Daphné Benoît et les bureaux européens de l’AFP