Italie: premier « budget du peuple » du gouvernement populiste

Rome – Le Parlement italien a adopté le 29 décembre le premier « budget du peuple » présenté par la coalition populiste arrivée au pouvoir en juin, qui prévoit pour 2019 un déficit public à 2,04% du PIB.

Ce « budget du peuple », comme l’a baptisé le gouvernement, compte 32 milliards d’euros de dépenses supplémentaires et de baisses d’impôts, mais en raison de la dette publique colossale, le Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) et la Ligue (extrême droite) ont dû limiter leurs mesures phares sous la pression de Bruxelles et des marchés financiers.

Voici les principaux points de ce projet :

Réforme des retraites

Le texte assouplit les conditions de départ en retraite, une promesse phare de la Ligue, avec 3,9 milliards d’euros budgétés en 2019 et 8,6 milliards en 2020.

Alors que la loi actuelle prévoit un départ à 67 ans, une « quota 100 » permet de partir à compter de 62 ans et 38 années de cotisations. Le gouvernement estime que 85% des quelque 400.000 personnes concernées en 2019 en profiteront et espère libérer ainsi des emplois pour les jeunes.

Comme promis, le texte prévoit aussi une réduction des retraites dites « dorées », mais le gouvernement a aussi ajouté la semaine dernière une limitation progressive de l’indexation sur l’inflation des pensions supérieures à 1.500 euros net par mois.

Revenu et retraite de citoyenneté

Promesse phare du M5S, ce revenu mensuel de 780 euros est destiné à 1,7 million de familles les plus modestes et vise à favoriser leur réinsertion.

Sa dotation initiale de 9 milliards d’euros pour 2019 a été réduite à 7,1 milliards. Le M5S promet les premiers chèques dès avril mais la mise en place du dispositif s’annonce complexe et ses conditions assez strictes.

Amnistie fiscale

Voulue par la Ligue, cette amnistie concernera finalement des personnes n’ayant pas payé des impôts qu’elles avaient déclarés correctement ou sous-déclarés entre 2000 et 2017.

Le gouvernement propose aussi une mini-flat tax de 7% pour les retraités de l’étranger, italiens ou non, décidant de venir ou revenir vivre dans les petites communes du sud du pays.

Réforme fiscale

Les impôts seront ramenés à 15% pour plus d’un million d’auto-entrepreneurs et artisans ayant un chiffre d’affaires de moins de 65.000 euros.

Parallèlement, le gouvernement introduit en particulier une « web tax » de 3% pour les entreprises qui vendent des biens, des services ou de la publicité sur internet, ce qui devrait rapporter 150 millions en 2019, et 600 millions une fois le système fonctionnant à plein régime.

Au final, le total des taxes sur les sociétés sera en hausse. Si les banques et les assurances vont être les plus touchées par les hausses, les organisations à but non lucratif voient aussi leur taux d’imposition doubler. Le gouvernement a cependant promis de revenir sur cette dernière mesure dès janvier.

Mini-hausse des investissements

Aux 38 milliards d’euros déjà alloués sur 15 ans pour les infrastructures, le gouvernement qui avait signé fin mai un programme commun très expansif prévoyait d’ajouter 9 milliards pour les trois prochaines années, afin de relancer la croissance via « le plan d’investissements publics le plus important jamais réalisé en Italie« .

Mais faute de moyens, le montant a été nettement revu à la baisse: seulement 3,6 milliards sur trois ans.

Pas de hausse de la TVALa précédente loi de finances prévoyait une augmentation automatique de la TVA. La nouvelle supprime cette hausse automatique, ce qui va amputer le budget de 12,5 milliards d’euros de recettes fiscales en 2019.

En revanche, le mécanisme est maintenu pour les années suivantes, à moins que le gouvernement ne trouve 23 milliards de recettes en 2020 et plus de 28 milliards en 2021.

Baisses de dépenses, nouvelles recettes

– Gel des titularisations dans la fonction publique jusqu’au 15 novembre 2019.

– Baisse de 500 millions d’euros par an pour les fonds alloués à l’accueil des migrants.

– Hausse des taxes sur les jeux, et des recettes venant des privatisations.

– Réduction progressive des aides directes à la presse (28,5 millions d’euros en moins en 2019) jusqu’à leur suppression en 2022.

– Ecotaxe de 1.100 à 2.500 euros pour l’achat d’une voiture de moyenne ou grosse cylindrée, mais pas pour les véhicules utilitaires, et bonus pour les véhicules électriques ou hybrides.

– Mais aussi

– Venise est autorisée à faire payer l’entrée sur son territoire, comme les îles de Capri et d’Elbe: 2,50 à 5 euros par personne selon les périodes.

– Le gouvernement envoie le génie militaire boucher les nids-de-poule de Rome (40 millions d’euros en 2019), au grand dam d’autres communes qui réclament une aide similaire.

– Familles: des terres agricoles publiques offertes aux parents d’au moins trois enfants mais les étrangers hors-UE exclus de la carte « familles nombreuses ».