Italie: la coalition au pouvoir a éclaté, plusieurs scénarios à l’horizon

Rome – Des élections anticipées « rapidement ». Matteo Salvini, l’homme fort du gouvernement italien, a fait exploser jeudi soir la coalition au pouvoir depuis 14 mois, décrétant qu’il n’y avait plus de majorité. Quels sont les scénarios à partir de maintenant ?

Quel a été le déclencheur de la crise?

Lors du dernier vote parlementaire le 7 août avant la pause estivale, le Mouvement 5 Etoiles (M5S, anti-système) de Luigi di Maio a voté contre le projet de ligne à grande vitesse Lyon-Turin, fermement soutenu par la Ligue de Matteo Salvini (extrême droite).

Le M5S s’est retrouvé tout seul pour voter une motion contre le projet franco-italien tandis que la Ligue apportait ses voix à deux motions de l’opposition.

Le très populaire Matteo Salvini, sorti grand vainqueur des récentes élections européennes, a semblé hésiter sur la marche à suivre. Au lieu de démarrer en fanfare un tour des plages, il a eu une première longue discussion avec M. Conte. Et le soir, lors d’un meeting à la station balnéaire de Sabaudia, il a constaté: « quelque chose s’est brisé dans la majorité ces derniers mois », alimentant les spéculations sur un risque d’éclatement de la coalition.

Quelles sont les conséquences des annonces de Salvini?

En décrétant qu’il n’y avait plus de majorité gouvernementale, M. Salvini a entériné la rupture avec le M5S.

Jusqu’à son communiqué du début de soirée jeudi, les médias avaient plutôt imaginé un profond remaniement ministériel, avec le départ possible de trois ministres dont celui de l’Economie Giovanni Tria, jugé trop frileux à l’égard de Bruxelles, et un nouveau pacte de gouvernement avec la Ligue aux conditions de Salvini (une « flat tax », un impôt sur le revenu unique, et plus d’autonomie pour les régions).

Mais Salvini, après avoir rencontré M. Conte, a repris les termes d’un communiqué diffusé dans l’après-midi par son parti, affirmant « ne réclamer ni des fauteuils ministériels, ni un remaniement, ni un gouvernement technique ».

M. Conte, proche du M5S, la formation qui dispose d’une majorité relative mais pas absolue au parlement depuis le scrutin du printemps 2018, était monté jeudi matin au palais du Quirinal, siège de la présidence, mais rien n’a filtré de son long entretien avec le président Sergio Mattarella.

Quelles sont les issues possibles à la crise?

Le gouvernement Conte pourrait devoir démissionner rapidement ou alors se présenter devant le parlement pour le vote d’une motion de censure, ce qui déboucherait sur plusieurs hypothèses.

Le président, qui en Italie, détient les clefs pour résoudre les crises politiques, pourrait tenter de former une nouvelle majorité parlementaire, pouvant inclure le M5S et la gauche. Un scénario improbable compte tenu de l’affaiblissement de ces deux camps.

Sinon, des élections anticipées pourraient être convoquées, comme l’exige Salvini, pour la mi-octobre au plus tôt compte tenu des délais constitutionnels. Créditée de 36 à 38% des intentions de vote selon les sondages, la Ligue pourrait en sortir largement victorieuse et gouverner quasiment seule, en s’alliant avec le petit parti Fratelli d’Italia (extrême droite).

Cependant, le président Sergio Mattarella insiste régulièrement sur la nécessité d’avoir un gouvernement en place à l’automne pour élaborer le budget, dont la première version doit être soumise à l’Union européenne avant la fin septembre.

Dans ce cas, le chef de l’Etat pourrait opter pour la mise en place d’un gouvernement technique et renvoyer la perspective d’élections à février ou mars. Le chef du gouvernement technique devrait toutefois obtenir une majorité parlementaire suffisamment solide, comme cela s’était passé pour le gouvernement Monti en 2011.

Par Françoise Kadri