Grèce: les premiers chantiers de Mitsotakis

Athènes – Le nouveau Premier Ministre grec, le conservateur Kyriakos Mitsotakis a déjà annoncé les priorités de son gouvernement durant ses cent premiers jours au pouvoir: baisser les impôts, accélérer les privatisations, lutter contre l’insécurité et renforcer le contrôle aux frontières.

Dans le nouveau parlement issu des élections législatives du 7 juillet, et qui a prêté serment mercredi, le parti conservateur Nouvelle Démocratie de M. Mitsotakis dispose de la majorité absolue, avec 158 sièges sur 300.

Six partis sont représentés dans la nouvelle assemblée: le parti communiste (KKE), le parti anti-austérité MeRa25 de l’ancien ministre des Finances Yanis Varoufakis, le parti de l’ex-Premier ministre de gauche Alexis Tsipras, Syriza, les centristes du Kinal, la Nouvelle Démocratie et le parti nationaliste « Solution grecque ».

Le parti néo-nazi Aube dorée n’a pas réussi à dépasser le seuil des 3% nécessaires pour entrer au Parlement.

Voici les chantiers qui attendent le nouveau parlement:

L’abolition du « droit d’asile » dans les universités

Depuis 1982, les policiers sont interdits au sein des facultés grecques, une loi héritée d’un soulèvement étudiant contre la dictature des colonels (1967-1974) que Kyriakos Mitsotakis veut abolir pour « ramener la sécurité » dans les universités.

Le 17 novembre 1973, une manifestation d’étudiants de l’école Polytechnique d’Athènes contre le régime des colonels avait été réprimée dans le sang, l’intrusion de chars dans l’établissement faisant au moins 44 morts.

Depuis, « le droit d’asile universitaire » impose des conditions strictes pour que les forces de l’ordre puissent pénétrer sur les campus, devenus des sanctuaires pour militants qui s’y réfugient après des manifestations émaillées d’affrontements avec la police.

Cette mesure, synonyme du retour du pays à la démocratie, a plusieurs fois été l’objet de réformes et a toujours été critiquée par la droite qui estime que les universités sont devenues des repères de casseurs et de trafiquants de drogue.

La révolution numérique de l’État grec

Pour le Premier ministre, informatiser et mettre l’État grec à l’heure du numérique est « une voie à sens unique ». Kyriakos Mitsotakis a estimé, lors d’une rencontre avec les responsables du nouveau ministère de la « gouvernance numérique », que l’administration et les services publics grecs devaient être simplifiés et numérisés pour être « au service du citoyen » et pouvoir « communiquer facilement avec le public à domicile ou sur le lieu de travail ».

La réforme de la justice

Un projet de réforme du code pénal devrait être déposé après le 22 juillet. Les allègements de peine -en particulier pour terrorisme- seront désormais suspendus, et les permissions de sortie plus sévèrement encadrées. Le gouvernement Mitsotakis veut également créer des conseils de prud’hommes pour alléger le travail des tribunaux débordés et veut débloquer rapidement les privatisations bloquées à cause de procédures judiciaires.

« Plus de sécurité »

Le nouveau gouvernement a promis de remettre de l « ordre » dans le quartier anarchiste d’Athènes, Exarchia, et d’y faire pénétrer la police régulièrement. Ce quartier au cœur de la capitale est souvent le lieu d’affrontements entre groupes anarchistes et forces de l’ordre, en particulier depuis le meurtre d’un jeune adolescent par un policier en 2008 qui avait conduit à plusieurs jours d’émeutes urbaines.

Pendant sa campagne, Kyriakos Mitsotakis avait promis l’embauche de 1500 policiers et de rétablir des forces spéciales circulant en motos, qui avaient été supprimées par le précédent gouvernement. En matière migratoire, Kyriakos Mitsotakis s’est engagé à « renforcer la protection des frontières grecques et européennes » et à renforcer « les patrouilles des garde-côtes » entre les îles du nord de la mer Égée et la Turquie.

La baisse des impôts

Le nouveau gouvernement doit déposer avant le 10 août un projet de loi très attendu pour réduire la TVA, l’impôt sur le revenu, l’impôt sur les sociétés (de 28% à 20%) mais aussi une très impopulaire taxe sur la propriété immobilière.

Il a promis de baisser de 30% sur deux ans cette taxe foncière introduite au début de la crise en 2013 par le précédent gouvernement conservateur (2012-2015).

« Il n’y a pas un jour à perdre », a déclaré le Premier ministre. Mais il sera surveillé de près par les ministres des Finances de la zone euro, qui l’ont déjà averti qu’il devait « respecter les engagements » de la Grèce vis-à-vis de ses créanciers.