« Game of Thrones » dans l’UE: la course aux postes clés est lancée

Sibiu – « Game of Thrones » en vue sur le Vieux continent: à deux semaines des européennes, la course aux postes clés de l’UE, lancée le 9 mai par les dirigeants européens réunis en sommet en Roumanie, mêle déjà coups de griffe, manoeuvres et trahison.

« Ce sommet lance la saison politique européenne. Ceux qui veulent monter sur le ring ou qui ont un message clair à faire passer peuvent le faire », souligne une source européenne.

Réunis dans la cité médiévale de Sibiu, cernée par les Carpates –un décor digne de la fameuse série américaine– les 27 dirigeants de l’UE, hors Royaume-Uni, ont été informés par le président du Conseil européen, Donald Tusk, du processus de nomination des prochains dirigeants des institutions.

Un sommet aura lieu dès le 28 mai pour discuter de ces présidences, à la lumière du résultat des élections européennes du 23 au 26 mai. « Cela devrait être rapide », a souhaité M. Tusk, qui espère un accord fin juin.

Parmi les premiers postes en jeu: le fauteuil de chef du Parlement européen. Mais c’est surtout la succession fin octobre du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, qui occupe les esprits.

Cette nomination doit être validée par le Parlement européen, qui tient absolument à ce que le candidat à la Commission soit choisi parmi les chefs de file désignés par chaque famille politique pour les élections: les « Spitzenkandidaten » (selon le terme allemand souvent usité).

C’est ce qui s’était passé en 2014 avec M. Juncker, alors chef de file des conservateurs du PPE, arrivés en tête du scrutin.

Or, le choix en lui-même de ce candidat ne relève pas du Parlement, mais du Conseil européen, c’est-à-dire des dirigeants des Etats membres. Eux refusent de promettre qu’ils désigneront automatiquement l’un des « Spitzenkandidaten » en lice.

« Ridicule »

« Je ne me sens pas engagé par le processus que certains partis ont décidé pour eux-mêmes », a réaffirmé le président français Emmanuel Macron, qualifiant ces « Spitzenkandidaten » de « candidats de la cuisine ».

« Nos concitoyens en ont assez qu’on prépare des plats (sans) eux », a-t-il lancé, récusant « la légitimité démocratique » des chefs de partis.

La France veut éviter une « compromis sur le moins bon candidat » pour « prendre les meilleurs », a-t-il ajouté.

A l’inverse, les dirigeants de droite, dont le parti est favori du scrutin, poussent leur champion: l’Allemand Manfred Weber, allié de la chancelière allemande Angela Merkel et que le PPE a élu début novembre à Helsinki.

Si les électeurs « sont d’accord pour dire que le PPE est le premier parti, nous devons accepter son candidat », estime l’actuel président du Parlement, l’Italien Antonio Tajani.

Dans le cas contraire, cela « ne renforcerait pas la confiance dans l’UE« , relève le chancelier autrichien Sebastian Kurz.

Manfred Weber, un conservateur à l’expérience gouvernementale limitée, estime lui avoir « un mandat clair ».

« Le parti serait considéré comme une institution ridicule si nous ne respections plus le résultat d’Helsinki », a-t-il tranché jeudi. Une mise au point qui vise ceux qui voient à la tête de la Commission le Français Michel Barnier, actuel négociateur en chef pour le Brexit, PPE lui aussi.

Dans ce billard à plusieurs bandes, l’Allemand a été lâché par le Premier ministre national-conservateur hongrois Viktor Orban, dont le parti a été suspendu du PPE.

Une absence de « consensus » que n’a pas manqué de souligner Emmanuel Macron.

Angela Merkel est pour sa part restée vague: « Je soutiens Manfred Weber », a-t-elle dit, mais « on verra ce qui se passera. »

Outre la Commission, les nominations concerneront aussi, mais plus tard, la présidence du Conseil européen, celle de la Banque centrale européenne (BCE) et le chef de la diplomatie européenne.

« Si le consensus s’avère difficile, je n’hésiterai pas à soumettre ces décisions au vote », a prévenu Donald Tusk, rappelant « les équilibres à respecter », concernant notamment la répartition hommes/femmes.

Impossible, par exemple, d’imaginer les cinq postes occupés par des hommes sexagénaires et conservateurs issus de pays du Nord.

Par Clément Zampa