France : les défis du président Macron

Paris – Majorité écrasante mais hétéroclite dans la nouvelle Assemblée nationale, légitimité fragilisée par une abstention record, rentrée sociale à risque : de nombreux défis attendent le président français Emmanuel Macron, en position de force après les législatives.

Abstention record

Plus d’un électeur sur deux (51,29% au premier tour, 57,4% au second tour), surtout chez les 18-34 ans et dans les classes populaires, n’est pas allé voter aux élections législatives des 11 et 18 juin, du jamais vu en France.

« C’est un taux d’abstention historique et un effondrement de la participation par rapport au premier tour de la présidentielle » (77%), souligne le politologue Thomas Guénolé, qui met en exergue « un mélange de résignation et de grève du vote ».

Le premier parti de France est celui des abstentionnistes

Pour Jérôme Sainte-Marie, de l’institut de sondage Polling Vox, le phénomène « traduit une forme de dissociation d’une partie des Français, les classes populaires notamment » mais aussi « les jeunes », qui votent surtout pour l’extrême droite et la gauche radicale. « Ils ont été particulièrement démoralisés par la présidentielle », qui a vu la défaite de leurs candidats Marine Le Pen (Front national, extrême droite) et Jean-Luc Mélenchon (France Insoumise, extrême gauche).

L’abstention aux législatives en France depuis 1981

Pour les opposants au nouveau président, cette faible participation entame sa légitimité à gouverner.

« Un électeur sur sept seulement a apporté son suffrage » au parti présidentiel, a souligné Brice Hortefeux, du parti de droite Les Républicains.

Dans l’entourage d’Emmanuel Macron, on reconnaît là « un échec ». « Il faut redonner confiance », a commenté le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner.

Une Assemblée plus royaliste que le roi ?

L’arrivée sur les bancs de l’Assemblée nationale de centaines de députés novices, issus d’un mouvement créé il y a tout juste un an et moins sensibles à la discipline de parti peut poser problème.

L’autorité du précédent président, le socialiste François Hollande, a ainsi été en partie sapée par l’opposition à l’Assemblée d’une partie des députés PS, surnommés les « frondeurs ».

Participation aux différentes élections législatives organisées dans des pays de l’UE depuis un an

« Cette majorité pléthorique qui s’annonce est dangereuse pour Emmanuel Macron lui-même, avec beaucoup d’éléments qui vont être probablement dans l’excès d’enthousiasme. Le macronisme parlementaire va être en roue libre. Il va devoir développer toute une énergie politique pour encadrer, discipliner, calmer cette assemblée », met en avant le politologue Thomas Guénolé.

« Les nouveaux élus, en raison de leur inexpérience et de leur hétérogénéité politique, vont constituer une masse énorme mais atomisée. Il peut y avoir des chiens fous, mais pas de dissidence structurée. Face à un pouvoir exécutif d’une force inouïe, il y aura un pouvoir législatif d’une insigne faiblesse », estime de son côté Jérôme Sainte-Marie.

Législatives en France: le second tour

Pour lui, « il n’y a aujourd’hui aucune opposition crédible à Emmanuel Macron, même si 75% des Français n’ont pas voté pour lui au premier tour de la présidentielle. L’opposition se compose de quatre éléments irréconciliables (….) : la France insoumise (gauche radicale), le Front national (extrême droite), la gauche et la droite ». Les élections législatives ont donné au Parti présidentiel quoique récent une mainmise sur l’Assemblée, avec une droite affaiblie et fracturée, une extrême droite et une gauche radicale peu représentées, une gauche laminée.

Une contestation dans la rue ?

Le nouveau président a déjà annoncé son intention d’aller vite dans ses réformes, à commencer par le code du travail – qui doit être revu avant la fin de l’été par ordonnances, pour éviter de longs débats parlementaires.

« A partir du moment où l’Assemblée nationale n’offre pas une représentation équitable aux forces politiques d’opposition, elles sont conduites à développer des formes d’opposition extérieures, c’est-à-dire dans la rue », juge Thomas Guénolé.

Le projet de réforme du code du travail, en cours de discussion, inquiète les syndicats de salariés qui s’étaient massivement mobilisés l’année dernière contre la loi assouplissant déjà la réglementation française du travail, sous la présidence du socialiste François Hollande.

Mais pour Jérôme Sainte-Marie, « on ne bloque pas une réforme en descendant dans la rue, mais par la grève, comme en 1995. Or, aujourd’hui on ne voit pas qui peut faire grève : les salariés du privé sont sous la menace du chômage et ceux du public sont endettés. Les derniers mouvements sociaux ont tous été vaincus, ce qui entraîne une démoralisation sociale ».

« Et les manifestations gênent en réalité très peu le pouvoir, elles sont très faciles à diaboliser, il suffit de quelques minutes d’images de casseurs pour discréditer une manifestation de 500.000 personnes », ajoute-t-il.

Par Thibauld Malterre et Maria Elena Bucheli