France et Espagne, exceptions d’une demande d’asile en baisse

Paris – Le nombre des demandes d’asile ne cesse de baisser dans les pays de l’OCDE, y compris aux États-Unis, la principale destination des demandeurs d’asile. Mais pas en Espagne et en France, qui ont connu les plus fortes progressions en 2018, souligne cette organisation dans un rapport publié mercredi 18 septembre.

Egales à 1,07 million l’année dernière, ces demandes ont de nouveau reculé, tant parmi les pays européens (-10%) que non-européens (-17%) de l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE), après avoir émargé à 1,26 million de demandes de protection en 2017. Et loin des records de 2015 et 2016, lorsqu’elles culminaient à 1,65 million.

Paradoxalement, la tendance à la baisse est insufflée par les États-Unis, pourtant le premier pays de l’OCDE en termes d’asile avec 254.000 nouvelles demandes en 2018, selon le rapport « Perspectives des migrations internationales ». C’est 77.000 de moins qu’en 2017, lorsque l’Amérique de Donald Trump avait reçu quelque 330.000 demandes.

Le net durcissement du gouvernement américain, qui a inauguré en 2018 une politique de « tolérance zéro » envers l’immigration clandestine, n’est peut-être pas étrangère à cette baisse, près de 50% des demandes y provenant de quatre pays : Salvador, Guatemala, Venezuela et Honduras.

« Le recul du nombre global des demandes dans les pays de l’OCDE (-175.000) est en grande partie lié à trois pays de destination : outre les États-Unis, il s’agit de l’Italie (-73.000) et de l’Allemagne (-36.000) », peut-on lire dans le document.

Le reflux est « partiellement contrebalancé par une augmentation en Espagne (+22.300) et en France (+19.000) », souligne encore le rapport, publié à une dizaine de jours d’un débat parlementaire en France sur l’immigration, au cours duquel la question de l’asile devrait occuper une place prépondérante.

Avec près de 110.000 demandes, ce dernier pays se situait en 2018 au 4e rang selon l’OCDE, derrière la Turquie (116.000) et l’Allemagne (162.000).

Plus forte croissance des demandes en Espagne

« La baisse en Europe n’est pas uniforme. En France, où l’on constate une augmentation de 20% de la demande d’asile pour la deuxième année consécutive, ce sont les Albanais et les Géorgiens qui tirent la demande, derrière les Afghans », explique Jean-Christophe Dumont, le chef de la division Migrations internationales de l’OCDE, en marge de la présentation du rapport.

Ce pays n’est donc pas impacté par la baisse du nombre des arrivées en bateau par la Méditerranée centrale, qui se situe à un taux « historiquement bas », un canal par lequel passe l’immigration syrienne ou d’Afrique subsaharienne, rappelle-t-il.

La France présente également la « spécificité » d’attirer une immigration « secondaire », précise-t-il à l’AFP, évoquant notamment les personnes ayant déjà déposé une demande d’asile dans un autre pays européen : « La France est très exposée à cela ».

Pour autant, nuance Jean-Christophe Dumont, auditionné mardi par la Commission des Affaires étrangères du Parlement français en vue du débat sur l’immigration, « la France n’est pas en première ligne et n’est pas le premier pays en Europe pour l’asile ». Surtout si l’on rapporte le nombre des demandes à la population générale : la France devient ainsi sixième derrière la Suède, par exemple.

C’est l’Espagne qui a connu la plus forte croissance de cette demande, avec une explosion de 73% en 2018, à la faveur de la multiplication des arrivées en provenance de la Méditerranée occidentale, surtout de Vénézuéliens. Le Venezuela, désormais, figure dans le top 4 des pays d’origine des demandeurs d’asile avec l’Afghanistan, la Syrie et l’Irak.

Pour l’Espagne, la tendance est spectaculaire : en 2016, on y recensait 15.000 demandes. En 2018, il y en a eu 52.000.

A l’échelle mondiale, « le nombre des réfugiés enregistrés a également reculé », de 28%, selon l’OCDE. « En 2017, dernière année pour laquelle on dispose de données détaillées (…), 700.000 permis (de séjour) environ ont été délivrés pour raisons humanitaires, contre 900.000 en 2016. D’autres types de migrations permanentes sont cependant en hausse, notamment les migrations de travail (+6%) ».

Encore à rebours de la tendance globale, le nombre des réfugiés a lui aussi augmenté en France. « Il y a une pression sur le système », note Jean-Christophe Dumont. « D’autant que la forte demande s’accompagne d’une baisse du taux d’acceptation de l’asile, très faible par exemple pour l’Albanie et la Géorgie, ce qui crée un engorgement », dit-il.

Par Shahzad Abdul