Européennes: les grandes familles perdront leur majorité, poussée des europhobes

Bruxelles – Les élections européennes fin mai vont donner lieu à une grande fragmentation entre groupes politiques, avec un sérieux recul des grandes familles et une forte poussée des partis anti-européens, selon une dernière projection publiée jeudi par le Parlement, qui inclut le Royaume-Uni.

Les partis conservateurs membres du Parti Populaire Européen (PPE) et les formations affiliées au groupe des Socialistes et Démocrates (S&D) devraient perdre chacune 37 sièges avec respectivement 180 élus pour le PPE et 149 pour le groupe S&D, indique cette projection réalisée sur la base d’enquêtes menées en avril dans les 28 pays de l’UE.

Les deux grands groupes qui ont jusqu’à présent dominé le Parlement européen perdraient ainsi leur capacité de former une majorité à eux seuls. Ils devront composer soit avec l’Alliance des Libéraux et Démocrates (ALDE), créditée de 76 élus, auxquels pourraient s’ajouter 21 élus français de La République En Marche, soit avec les Verts et leurs 57 élus pour parvenir à composer une majorité de 376 élus sur 751, souligne l’analyste Alberto Alemanno, professeur à HEC Paris.

La projection publiée jeudi inclut les 73 sièges britanniques.

La participation du Royaume-Uni, imposée s’il est encore membre de l’UE au moment des élections (du 23 au 26 mai), ne change pas fondamentalement la donne, contrairement aux espoirs des responsables sociaux démocrates européens.

Le Labour est crédité de 20 élus, soit un de plus par rapport au Parlement élu en 2014. Les Tories (groupe ECR) devraient avoir 12 élus, soit 7 de moins, Le parti Liberal Democrate (ALDE) 6 (+1), les Verts 10 (+4), l’Ukip et le parti du Brexit de Nigel Farage (EFDD) 14 (-3) et les anti-européens britanniques membre du groupe Europe des Nations et des Libertés (ENL) 5 élus (+1). Un Britannique siégera au sein de la Gauche Unie Européenne (GUE), et 7 ne sont pas apparentés, selon la projection réalisée par le Parlement européen.

Le parti du Brexit de Nigel Farage, créé pour l’occasion, est crédité de 13,5% des intentions de vote, soit 10 élus considérés comme affiliés au groupe EFDD. L’Ukip obtient pour sa part 13,5% des intentions de vote et est crédité de 9 élus partagés entre l’EFDD (4) et le groupe de l’extrême droite ENL (5), précise la page de l’enquête dédiée au Royaume-Uni.

Globalement, les partis eurosceptiques ECR, EFDD et ENL totaliseraient 173 élus dans le prochain Parlement, dont 107 membres de formations de l’extrême-droite (62) ou anti-européenne (45).

Le grand vainqueur des Européennes serait selon ces projections le groupe eurosceptique ENL avec 62 élus (soit 25 élus de plus) dont 26 Italiens de la Ligue du Nord (+20) et 20 Français du Rassemblement National (+5).

Le parti d’extrême droite allemand AfD est crédité de 11 élus (+10), mais il siège dans le groupe de l’EFDD avec les 18 élus Italiens du M5S (+4).

Les nouveaux eurodéputés, qui contribueront à façonner les législations de l’UE pendant cinq ans, auront aussi la responsabilité d’élire le successeur de Jean-Claude Juncker à la tête de la prochaine Commission européenne.