Erdogan appelle les Turcs d’Allemagne à voter contre la coalition de Mme Merkel

Istanbul – Le président turc Erdogan a exhorté le 18 août les Turcs d’Allemagne à ne voter pour aucun des deux partis de la coalition au pouvoir menée par Angela Merkel, ni pour les Verts, aux législatives de septembre, un appel que Berlin a dénoncé comme un « acte d’ingérence ».

Sur fond de relations déjà tendues avec Berlin, Recep Tayyip Erdogan a enjoint les Turcs d’Allemagne « à donner une leçon » aux partis chrétien-démocrate (CDU), social-démocrate (SPD), et aux Verts, « irrespectueux envers la Turquie« .

« Je le dis à tous mes compatriotes d’Allemagne: (…) ne soutenez pas les chrétiens-démocrates, le SPD ou les Verts. Ce sont tous des ennemis de la Turquie« , a déclaré le chef de l’Etat turc à la presse.

« Apportez le soutien nécessaire à ceux qui ne font pas preuve d’hostilité à l’encontre de la Turquie. Peu importe que ce soit le premier ou le second parti, votez pour eux », a-t-il poursuivi, sans nommer de formation politique. « Il s’agit d’une lutte pour l’honneur de tous nos citoyens vivant en Allemagne« .

La diaspora turque en Allemagne, forte de trois millions de personnes, est la plus importante dans le monde et près de 1,2 million de Turcs disposent également de la nationalité allemande, ce qui leur permettra de voter lors des élections législatives.

Par le passé, les Allemands d’origine turque ont voté plutôt à gauche, en majorité pour le SPD. Mais Recep Tayyip Erdogan est très populaire au sein de la diaspora turque en Allemagne, qui a voté à 59% pour son parti aux législatives de novembre 2015.

Ses déclarations ont provoqué la colère de Berlin. « C’est un acte d’ingérence exceptionnel dans la souveraineté de notre pays », a vivement réagi Sigmar Gabriel, ministre des Affaires étrangères, issu du SPD, dans un entretien à des journaux régionaux.

« Cette ingérence d’Erdogan dans la campagne électorale montre qu’il veut monter les gens les uns contre les autres en Allemagne » avant le scrutin du 24 septembre, a-t-il ajouté.

De son côté, le candidat social-démocrate à la chancellerie, Martin Schulz, a estimé que M. Erdogan, qui multiplie les saillies contre les dirigeants allemands, avait « perdu toute mesure ».

10 Allemands détenus

Les relations entre la Turquie et l’Allemagne se sont particulièrement tendues depuis le putsch manqué du 15 juillet 2016, imputé au prédicateur Fethullah Gülen, installé aux Etats-Unis et qui nie les faits.

Ankara accuse Berlin de faire preuve d’indulgence envers des « terroristes », en abritant des séparatistes kurdes et des putschistes présumés.

Le gouvernement turc a notamment envoyé une note diplomatique à Berlin cette semaine, demandant à ce qu’Adil Öksüz, considéré comme le chef opérationnel des putschistes, actuellement en fuite et que certaines rumeurs situent en Allemagne, soit recherché et extradé en Turquie.

L’Allemagne de son côté condamne fermement l’ampleur des purges entreprises en Turquie après le putsch manqué, au cours desquelles plus de 50.000 personnes ont été arrêtées.

Il y a actuellement 10 citoyens allemands, certains ayant la double nationalité, détenus en Turquie, a affirmé mercredi le porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères, Martin Schaefer.

Parmi eux, Deniz Yücel, un journaliste germano-turc, correspondant du quotidien allemand Die Welt, détenu depuis février.

Les relations entre les deux partenaires au sein de l’Otan se sont encore dégradées cet été après l’incarcération par Ankara de militants des droits de l’Homme, dont un Allemand mi-juillet.

Berlin avait répliqué en annonçant une « réorientation » de sa politique à l’égard de la Turquie, annonçant une série de mesures visant à frapper Ankara au portefeuille.

Le SPD et la CDU d’Angela Merkel s’opposent dans les élections à venir, mais ont une position commune sur la Turquie au sein de la coalition actuellement au pouvoir.

Les Verts quant à eux appellent à une ligne beaucoup plus dure à l’encontre de la Turquie. Leur co-président, Cem Özdemir, lui-même d’origine turque, est extrêmement critique du président Erdogan.

Par Luana Sarmini-Buonaccorsi