D’abord les Européennes, puis Westminster: le plan du Parti du Brexit

Londres – Décimer les Conservateurs aux élections européennes, puis entrer au Parlement britannique: tel est le plan de bataille de l’europhobe Nigel Farage, dont le Parti du Brexit caracole dans les sondages.

Deux sondages publiés dans les journaux britanniques dimanche 12 mai placent son parti, créé en février, en tête des intentions de vote pour les élections européennes, qui seront organisées le 23 mai au Royaume-Uni.

Le sondage Opinium pour The Observer le montre grand gagnant avec 34% des voix, loin devant le Labour (21%) et les Tories (11%). Un second sondage, réalisé par ComRes pour le Sunday Telegraph, voit le Parti du Brexit en tête avec 27% des voix, suivi du Labour (25%) et des Tories (13%).

Encore plus inquiétant pour le Parti conservateur au pouvoir, le Parti du Brexit le dépasse dans un sondage portant sur les intentions de vote en cas d’élections législatives anticipées. Celles-ci pourraient être convoquées en cas de motion de défiance envers la Première ministre Theresa May, dont l’autorité est contestée jusque dans ses rangs.

Selon cette enquête de ComRes, le parti de Nigel Farage raflerait 49 sièges de députés, devenant le second parti politique britannique, derrière le Labour.

Un cauchemar pour les Tories qui ont déjà essuyé une cuisante défaite aux élections locales début mai, perdant plus d’un millier d’élus.

Empêtrés dans la gestion désastreuse du Brexit, les Conservateurs n’ont pas osé lancer officiellement de campagne pour les européennes, préférant faire profil bas. Faire campagne est « difficile » et les électeurs sont « en colère », a expliqué à l’AFP Ashley Fox, chef des députés européens conservateurs britanniques.

Quant au Labour, principal parti d’opposition, il souffre des hésitations de son leader Jeremy Corbyn sur le Brexit. Partagé entre militants europhiles et eurosceptiques, le Labour risque de voir ces derniers se tourner massivement vers le Parti du Brexit pour voir enfin se réaliser la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, près de trois ans après le référendum de juin 2016. Repoussé à deux reprises, ce divorce historique est désormais programmé pour le 31 octobre au plus tard.

Négocier avec Bruxelles

Dans le climat de mécontentement ambiant, le Parti du Brexit siphonne les voix des eurosceptiques, dénonçant les promesses « trahies » du gouvernement.

En cas de victoire aux élections européennes, Nigel Farage, 55 ans, compte peser sur les discussions entre Londres et Bruxelles, et « exiger que les députés européens du Parti du Brexit intègrent l’équipe de négociation du gouvernement », a-t-il déclaré dimanche à la BBC.

Pour le professeur Matthew Goodwin, de l’université du Kent, ce parti « a le potentiel d’être beaucoup plus qu’un feu de paille ».

« Il attire les votes de groupes spécifiques dans la société – principalement des conservateurs désillusionnés et des membres de la classe ouvrière – qui sont très en colère à propos de (la possibilité) d’un Brexit +doux+ ou de pas de Brexit du tout », a-t-il souligné auprès de l’AFP.

M. Farage espère connaître le même succès que certains mouvements populistes dont il dit s’inspirer.

Il a confié au Telegraph avoir observé avec une « fascination absolue » le succès du mouvement populiste cinq étoiles d’Italie et ne cache pas son admiration pour le président Donald Trump. En 2016, il avait été le premier responsable politique britannique à rencontrer M. Trump après son élection à la Maison blanche.

Comme lui, Nigel Farage s’en prend aux médias, à qui il reproche une couverture injuste, allant jusqu’à faire de la BBC son « ennemi ».

Reconnaissant qu’il est « tentant » pour les électeurs de voter pour le Parti du Brexit, Ashley Fox prévient que « ça n’aboutira à rien ». Et de dénoncer le bilan de Nigel Farage au Parlement européen, où il est élu depuis 1999: « Il ne travaille pas (…), il ne défend pas les intérêts britanniques. Ce qu’il fait, c’est des discours provocateurs dans lesquels il insulte nos amis européens et il pense que c’est amusant ».

Si Nigel Farage a les faveurs des électeurs selon les sondages actuels, il lui faut encore transformer l’essai. Selon un sondage YouGov publié lundi, 63% des Britanniques pensent que le Parti du Brexit « ne sera probablement pas un acteur de la scène politique britannique dans 10 ans ».

Par Pauline Froissart