L’Espagne de Mariano Rajoy en quatre grandes crises

Madrid – Tentative de sécession de la Catalogne, crise économique et austérité, mois de blocage politique et corruption: Mariano Rajoy, renversé le 1er juin, a traversé en six ans plusieurs crises majeures jusqu’à la dernière qui lui a coûté son poste.

Fatale corruption

Arrivé au pouvoir fin 2011, Mariano Rajoy a vu son mandat empoisonné par la multiplication des affaires de corruption impliquant son Parti populaire (PP, conservateur).

C’est la plus tentaculaire, surnommée “Gürtel”, qui a finalement fait chuter cet homme politique réputé insubmersible.

Le 24 mai, la sévère décision de la justice dans cette affaire a été rendue publique, après des années d’instruction. Les juges y accréditent l’existence d’une “caisse noire” au PP et condamnent le parti comme “participant à titre lucratif” à un réseau de corruption.

Dans la foulée, le chef de l’opposition socialiste Pedro Sanchez annonçait mettre en marche la motion de censure qui a finalement scellé le sort de Mariano Rajoy.

Mais avant cette décision, M. Rajoy avait vu plusieurs de ses proches tomber en disgrâce suite à leurs déboires judiciaires: l’ex-ministre de l’Économie et ancien directeur général du FMI Rodrigo Rato, condamné en 2017 pour détournement de fonds, l’ex-maire de Valence Rita Barbera, décédée la même année avant d’être jugée pour blanchiment, ou encore Luis Barcenas, ex-trésorier du PP et personnage-clé de l’affaire “Gürtel” auquel Mariano Rajoy avait envoyé après son arrestation en 2013 un SMS “Luis, sois fort”.

Blocage-marathon

Avant de le faire chuter, les affaires de corruption avaient contribué à faire perdre à Mariano Rajoy sa majorité absolue à la chambre des députés aux législatives de décembre 2015.

L’irruption au Parlement de deux nouveaux partis anticorruption, Podemos à gauche et Ciudadanos au centre-droit, avait débouché sur une crise politique, laissant l’Espagne sans gouvernement élu pendant dix mois.

Mais Mariano Rajoy, connu pour sa patience à toute épreuve, avait laissé l’opposition se déchirer et échouer à le remplacer, fait progresser le PP lors de nouvelles législatives en juin 2016, et finalement obtenu à nouveau, fin octobre, la confiance du Parlement.

Austérité, chômage et expulsions

Lorsqu’il était en difficulté, Mariano Rajoy avertissait des risques que ferait peser sur l’économie espagnole “l’instabilité” suscitée par son départ du pouvoir.

Féru d’économie, il justifiait dans chacun de ses discours sa politique d’austérité drastique et son impopulaire réforme du droit du travail facilitant les licenciements en rappelant la situation calamiteuse dans laquelle il avait trouvé l’Espagne en arrivant au pouvoir.

Le pays, frappé de plein fouet par la crise économique et l’éclatement de la bulle immobilière en 2008, était alors au bord du plan de sauvetage.

Au plus fort de la crise, début 2013, le chômage a frôlé les 27%. Les Espagnols ont émigré en masse, en quête de travail à l’étranger. D’autres, incapables de rembourser leurs emprunts immobiliers, ont été expulsés de chez eux.

Mais l’Espagne a ensuite renoué avec la croissance.

Et jusqu’à la veille de sa destitution, Mariano Rajoy répétait comme des mantras les bons chiffres de la reprise: plus de 3% de croissance annuelle depuis 2015, un demi-million d’emplois créés par an…

Fracture catalane

La plus grave crise que Mariano Rajoy a dû affronter a mis en danger l’unité de son pays.

La Catalogne, région représentant un cinquième du PIB espagnol, a organisé en octobre 2017 un référendum d’autodétermination interdit et tenté de faire sécession.

Mariano Rajoy avait été critiqué de toutes parts pour sa gestion de cette crise: à Madrid, son allié Ciudadanos l’avait accusé de laxisme face aux séparatistes, tandis qu’en Catalogne, il était accusé d’alimenter la confrontation.

Lorsqu’il était dans l’opposition, il avait personnellement fait campagne contre le statut conférant des compétences élargies à la Catalogne et dont le retoquage par la justice avait alimenté la montée de l’indépendantisme.

Mais il était finalement parvenu à mettre sous tutelle, sans les troubles redoutés, cette région très attachée à son autonomie, destituant son gouvernement dirigé par l’indépendantiste Carles Puigdemont.

Son successeur Pedro Sanchez aura néanmoins fort à faire dans cette région, toujours dirigée par les indépendantistes et profondément fracturée entre partisans et adversaires de l’indépendance.

Par Adrien Vicente