Avec l’ETA, la lutte armée politique disparaît en Europe

Paris – En annonçant le 2 mai sa dissolution, l’ETA a enfoncé le dernier clou dans le cercueil de la violence politique armée en Europe occidentale, qui partout a échoué, soulignent des experts.

En Allemagne avec la Fraction Armée Rouge (RAF), en Irlande du Nord avec l’Armée républicaine irlandaise (IRA), en Italie avec les Brigades rouges (BR), en France avec Action Directe (AD) ou le Front de libération nationale corse (FLNC), en Grèce avec l’organisation 17-Novembre et maintenant en Espagne avec les Basques de l’ETA, l’histoire de ces groupes qui ont tenté par les armes gagner une indépendance, de vaincre les régimes en place ou de les forcer à des concessions majeures est celle d’échecs successifs.

« Le recours au terrorisme est de toutes façons toujours voué à l’échec » assure à l’AFP Jacco Pekelder, professeur à l’Université d’Utrecht (Pays-Bas), spécialiste de l’histoire de la violence politique, « parce qu’il est l’œuvre d’une petite minorité qui part en guerre contre l’État ».

« Ils emploient le terrorisme parce qu’ils ne parviennent pas à obtenir le soutien de leurs propres communautés », ajoute-t-il. « Ils sont coupés de la majorité des gens qu’ils prétendent représenter ou défendre ».

Le fantasme d’actions armées (attentats, enlèvements ou assassinats), provoquant en retour la répression massive d’un État oppresseur qui ouvrirait les yeux des « masses » et les feraient basculer en nombre dans le camp des rebelles n’est jamais resté que cela, un fantasme, soulignent les spécialistes.

Les opérations policières, campagnes de répression, législations d’exception, appels à la collaboration contre les groupes armés, renforcement des services de renseignement ont été la plupart du temps bien accueillis et soutenus par des opinions publiques choquées par la violence, les morts et les attentats.

Morts pour rien

« En Europe ou ailleurs, il n’y a pas de terroristes ayant atteint ses objectifs politiques« , estime Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), « à part peut-être l’extrémiste juif qui a assassiné Yitzhak Rabin, qui voulait faire dérailler le processus de paix et y est parvenu ».

« Le terrorisme réussit médiatiquement, marque les esprits, mais échoue politiquement, c’est une constante », ajoute-t-il.

Pour l’Espagnol Diego Muro, du Handa Center for the Study of Terrorism and Political Violence de l’Université de St Andrews, en Ecosse, « la fin de l’ETA marque la fin de la vague ethnonationaliste de terrorisme qui a commencé avec la violence anticolonialiste de la seconde moitié du XXème siècle ».

« L’emploi de la violence indiscriminée s’est avéré à la fois inefficace et préjudiciable à la cause des nationalistes et, comme le prouvent les campagnes sécessionnistes pacifiques en Europe, l’époque où l’on pouvait employer des méthodes coercitives pour influencer les politiques publiques est clairement révolue », ajoute-t-il.

En Europe, les campagnes antiterroristes ont le mieux fonctionné là où les autorités ont eu l’intelligence d’offrir aux activistes repentis, découragés ou à leurs cercles de soutiens des portes de sortie.

« Quand la violence politique a échoué, les terroristes ont besoin de trouver une issue honorable à leur stratégie violente » explique Jacco Pekelder. « C’est une processus long et difficile, ils peuvent considérer que c’est une lourde défaite, que toute leur vie a été basée sur un mensonge, que ceux qui sont morts sont morts pour rien ».

Au Pays basque comme en Irlande, l’affaiblissement des branches armées a été accompagné d’un lent processus politique permettant, alors que les plus radicaux purgeaient de lourdes peines, aux moins radicaux de sortir de la clandestinité et d’entrer dans l’arène publique.

De plus les échecs successifs, face à des polices de plus en plus efficaces et une coopération européenne renforcée, des mouvements armés dans différents pays a fait prendre conscience aux autres, et à leurs partisans pacifiques, qu’ils s’enfonçaient dans des impasses.

« Les groupes terroristes essaient d’apprendre les uns des autres » dit Diego Muro. « Il y a eu des contacts entre l’ETA et l’IRA, entre Batasuna et le Sinn Fein. Les Basques ont tenté de copier les tactiques et les stratégies du mouvement républicain irlandais ».

Le 10 avril 1998, les forces politiques en Irlande du Nord ont mis fin, en signant « l’accord du Vendredi saint » à un conflit qui a ensanglanté l’île pendant trente ans et fait près de 3.500 morts.

Fondée en 1959 sous la dictature de Franco, l’ETA a fait au moins 829 morts dans une campagne d’assassinats et d’attentats à la bombe en Espagne et en France.

Par Michel Moutot