Autriche: coalition entre droite et extrême droite, lancée dans un lieu symbole pour les musulmans

Vienne – La droite et l’extrême droite autrichiennes doivent formellement lancer leur coalition le 16 décembre dans un lieu à haute portée symbolique: le mont du Kahlenberg à Vienne, d’où débuta la reconquête de l’Europe centrale sur les forces ottomanes en 1683.

Le leader conservateur Sebastian Kurz, appelé à devenir à 31 ans le plus jeune dirigeant au monde, et son nouvel allié Heinz-Christian Strache, chef du FPÖ, ont scellé tard la veille un accord de gouvernement marquant un retour de l’extrême droite au pouvoir en Autriche.

Présenté au président de la République Alexander Van der Bellen en début de matinée, cet accord de 160 pages devait être validé dans la foulée par les instances des deux partis.

Cette alliance vient couronner une année faste pour l’extrême droite en Europe, avec une forte progression aux Pays-Bas, en France et en Allemagne, sans toutefois parvenir à s’y hisser au pouvoir.

MM. Kurz et Strache doivent détailler publiquement leur programme ainsi que la composition de leur gouvernement dans l’après-midi lors d’une conférence de presse au Kahlenberg.

Surplombant la capitale autrichienne, ce mont offre un panorama imprenable sur la ville. Mais il a aussi « une certaine signification » liée au siège de Vienne par les Ottomans en 1683, rappelle le politologue autrichien Thomas Hofer.

« Améliorer la sécurité »

C’est en effet sa reprise par les forces chrétiennes coalisées par le roi polonais Jean III Sobieski qui avait marqué la fin de ce siège et le début du reflux des armées musulmanes d’Europe centrale.

Le site accueille chaque année des retraites aux flambeaux de groupes identitaires venus commémorer la victoire sur les Ottomans.

« Sans vouloir y accorder une importance disproportionnée », le choix de ce lieu « a une certaine signification, au moins pour le FPÖ », souligne M. Hofer.

Les questions de l’immigration et de l’islam ont dominé la campagne qui a mené à la victoire de M. Kurz aux législatives du 15 octobre, deux ans après la grande vague de réfugiés en Europe en 2015.

Le jeune leader conservateur, qui se flatte d’être un des principaux artisans de la fermeture aux migrants de la route des Balkans en 2016, en tant que ministre des Affaires étrangères, s’est nettement rapproché des positions du FPÖ dans ce dossier, ouvrant la voie à la nouvelle coalition.

« En premier lieu, nous voulons améliorer la sécurité dans notre pays, y compris en combattant l’immigration illégale », a-t-il rappelé le 15 décembre. Par ailleurs, « nous voulons alléger la pression fiscale, nous voulons renforcer notre économie, ce qui améliorera notre système social », a-t-il souligné.

Lignes rouges

Selon des indiscrétions concordantes, le FPÖ doit pour la première fois décrocher pas moins de trois ministères régaliens: la Défense, l’Intérieur et les Affaires étrangères, ces deux derniers portefeuilles lui ayant toujours échappé jusqu’à présent. M. Strache devient vice-chancelier.

En 2000, l’entrée de ce parti au gouvernement avait provoqué des sanctions européennes, un scénario jugé cependant très improbable aujourd’hui, dans un contexte général de montée des partis populistes et antimigrants, et alors que M. Strache, 48 ans, a veillé à lisser l’image de sa formation.

M. Van der Bellen a toutefois jugé utile de rappeler qu’il veillerait à ce que certaines lignes rouges ne soient pas franchies en matière de respect des droits de l’Homme et d’engagement européen, alors que le pays présidera l’UE au second semestre 2018.

« Il est dans l’intérêt de l’Autriche de rester au coeur de l’UE », a-t-il déclaré après avoir reçu les deux dirigeants. « La convention européenne des droits de l’Homme doit rester notre boussole”, a ajouté cet écologiste libéral élu il y a un face à un candidat FPÖ.

M. Kurz, qui devrait garder personnellement la main sur les affaires européennes, s’est porté garant du fait que son gouvernement conservera « une forte orientation européenne », malgré le scepticisme traditionnellement affiché par le FPÖ dans ce domaine.

Artisan d’une alliance du FPÖ avec le parti Russie unie de Vladimir Poutine, M. Strache est par ailleurs favorable à un rapprochement entre l’Autriche et le groupe de Visegrad, qui comprend des pays ouvertement eurosceptiques comme la Pologne et la Hongrie.

M. Kurz, qui a pris au printemps la tête du Parti chrétien-démocrate qu’il a refaçonné à son profit, avait provoqué les législatives anticipées du 15 octobre en mettant fin à la grande coalition que les conservateurs ont formée ces dix dernières années avec le parti social-démocrate du chancelier sortant Christian Kern.

Les conservateurs ont remporté le scrutin avec 31,5% des voix, devant le sociaux-démocrates (26,9%) et le FPÖ (26%).

En abordant l’année 2018 avec un gouvernement stable, l’Autriche prend de vitesse l’Allemagne, dont la chancelière Angela Merkel peine toujours à trouver un partenaire de coalition dans un paysage politique bouleversé par l’arrivée en force des populistes de l’AfD au Bundestag, la chambre basse du parlement.